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Saint-Louis et le commerce de la traite


                         Créé en 1659 pour le commerce de traite, vivant de ce commerce, le comptoir de Saint-Louis est géré par une Compagnie maritime française qui exerce par privilège royal, le monopole de la traite des esclaves et de la gomme arabique jusqu'en 1791. A cette date, le monopole de la Compagnie est aboli, la traite devient libre.
La gestion du comptoir est d'abord assurée par la Compagnie mais dès la fin du XVIlle siècle, il dépend d'un gouverneur nommé par le roi et rattaché au ministère de la marine. Ce gouverneur est généralement un officier de marine. Le commerce reste entre les mains du directeur de la Compagnie. Les gouverneurs ont pour principales préoccupations, la défense du comptoir et le ravitaillement d'une population de plus en plus nombreuse, estimée au milieu du XVIlle siècle entre 6 000 et 7 000 personnes.



 

L'installation de la France sur l'île de Ndar

 

Carte de l'entrée du Sénégal- XVIIIè siècle

Au XVIle siècle, après la reprise en main de la politique maritime et coloniale par Richelieu, la France s'implante à l'embouchure du Sénégal.

En 1638, le Capitaine Thomas Lambert représentant de la première compagnie maritime, la Compagnie normande, se fixe à l'embouchure du Fleuve, dans l'île de Bocos, probablement l'île actuelle de Baba Gueye. Les habitations sont emportées par la mer. En 1659, Louis Caullier, s'installe à quelques kilomètres de l'embouchure sur l'île de Ndar, baptisée Saint-Louis en hommage au jeune roi de France, Louis XIV.
L'île appartient au chef de village de Sor, dépendant du royaume du Waalo. Elle est cédée en échange d'une coutume annuelle. Ainsi naît le premier comptoir français de la côte occidentale d'Afrique.

Les raisons de ce choix La présence des royaumes du Waalo et du Kajoor empêche l'implantation des Français sur le continent. l'éloignement de l'Europe et les conditions de voyage, ne permettent pas d'entretenir sur place
une force suffisante pour résister aux attaques. Une île est plus facile à défendre contre les Africains mais aussi contre les rivaux européens, Hollandais et Anglais.

Les atouts du site de l'île de Saint-Louis

Déserte, sablonneuse et marécageuse, l'île a environ deux kilomètres de long sur trois cent mètres de large. Située au milieu du Fleuve, elle est en 1850 à trois kilomètres de l'embouchure, aujourd'hui à une vingtaine de kilomètres. Protégée par la barre, sorte de défense naturelle à l'entrée du Fleuve, l'île constitue une place privilégiée d'entrepôt d'esclaves, décourageant toute tentative d'évasion. Mais les avantages ne doivent pas occulter les inconvénients. L'embouchure est obstruée par des bancs de sable, et la barre rend la navigation difficile et périlleuse.

Plan de l'île de Saint-Louls du XVIllè.



Saint-Louis a une situation remarquable par rapport au continent africain et à la France. Elle est le point de départ des navires de traite vers le Galam, sur le haut Sénégal, à une époque où la voie d'eau joue un rôle primordial. Ouverte sur l'Atlantique dans le cadre du commerce de traite en plein. essor au XVIIIe siècle, elle offre l'avantage d'être à mi-distance de la métropole et des îles à sucre, les Antilles. C'est aussi un port de relâche pour les bateaux se rendant de la Côte de Guinée en Amérique.
Ces atouts expliquent les convoitises des Anglais qui occupent l'île à deux reprises 1758-1779 et 1809-1816.
La situation privilégiée de Saint-Louis



 

Les habitants de Saint-Louis


Pour répondre aux exigences du commerce atlantique la Compagnie construit en 1659 le fort de Saint-Louis.
Au milieu du XVIIIe siècle, âge d'or du commerce de traite, la population regroupe une soixantaine de blancs, environ quatre cents métisses, et deux mille noirs. Saint-Louis est en passe de devenir une ville.

La population européenne appartient à la Compagnie maritime. On peut la diviser en quatre groupes: La population européenne              
  • La direction :directeur et sous-directeur
  • Les commis :l'aumônier et le chirurgien
  • les marins :pilotes, maîtres de barques, canonniers, matelots...
  • Les artisans :menuisiers, tonneliers, boulangers, maçons...

Il faut aussi compter quelques commerçants "privés", peu nombreux, qui s'installent à Saint-Louis, malgré le monopole de la traite de la Compagnie.
En nombre infime, la population européenne s'accroît après la capitulation de l'Angleterre en 1778, devant l'escadre du duc de Lauzan, qui met fin à la première occupation anglaise.
La protection des habitants et des biens nécessite l'arrivée massive de soldats. Cette population européenne se lie avec les femmes noires, les signares, malgré les interdits de la Compagnie.

La population métisse Au XVIIIe S les métisses deviennent le groupe dominant le plus riche. Issus d'unions "à la mode du pays " entre européens et compagnes africaines wolofs les signares, les métis sont à l'origine de véritables dynasties saint-louisiennes
Ils instaurent un type de société original en donnant à la vie urbaine des traits particuliers. Les métis forment un groupe puissant par leur rôle dans le commerce au service de la compagnie, ou en dirigeant pour leur propre compte les expéditions commerciales fluviales.
Ainsi se forme une bourgeoisie métisse dont les intérêts sont liés à la traite.

La population africaine

Dès le XVIIe siècle, la population noire s'installe autour du fort. Elle devient le groupe le plus nombreux . Des marchands Wolofs viennent s'établir près de leurs nouveaux clients européens. Ils logent dans deux villages : au sud de l'île, le village des marchands catholiques, au nord, le village de la population musulmane libre et des captifs domestiques.
La population noire employée par la Compagnie, comprend les marins appelés laptots et les domestiques esclaves.

Les laptots

Les laptots sont indispensables à la Compagnie, pour le commerce de traite. Ils sont employés pour le passage de la barre à l'embouchure du Sénégal. La barre se forme au contact de la houle marine et du courant fluvial. Agitée de violents remous son passage est très difficile de septembre à décembre, pendant les hautes eaux du Fleuve, ce qui gène l'accès des navires à Saint-Louis.

Les laptots sont aussi indispensables pour la navigation fluviale au moment de l'expédition du Galam Les bateaux de traite qui remontent le Sénégal en convoi sont armés et en outre protégés par les laptots pour dissuader toute tentative d'attaques des royaumes voisins.
La qualification des laptots à la fois comme marins et guerriers en fait des esclaves d'élite. Les laptots ont à Saint-Louis, une position comparable à celle des tyeddos des royaumes du Waalo et du Kajoor. Au XIXe siècle, ils sont dans la marine coloniale l'équivalent des tirailleurs.
Les maîtres des laptots, les signares, et les métis traitants, sont conscients de cette force esclavagiste que représente les laptots. C'est un moyen de pression vis à vis de la Compagnie.

Maitre et laptot Pendant la basse saison, les laptois sont loués aux Européens. ils font du cabotage dans les marigots voisins de Saint-Louis, pour l'achat de mil, d'autres produits vivriers, du sel, nécessaires aux habitants de l'île. Saint-Louis dépend du Waalo pour sa subsistance. Les laptots distribuent la moitié de leurs salaires, souvent en marchandises.

Leurs jeunes garçons font le voyage au Galam à leurs maîtres à litre de mousse et leur apprentissage, dans les mêmes conditions que les enfants du maître. Des relations familiales finissent parfois par s'établir entre maîtres et laptots.

La promotion des laptots Les responsabilités des laptots et leurs activités permettent à quelques uns d'accumuler des biens, d'acquérir la liberté et d'avoir un rang important dans la société saint-louisienne. Certains comme Charles Scipio, ancien esclave, deviennent capitaines de bateaux, d'autres, chefs de barques ou chef d'un équipage sur un voilier.
Ils participent comme notables de la ville aux protestations contre le monopole de la Compagnie en 1789, à la rédaction des cahiers de doléances de Saint-Louis.

Les esclaves de case Les esclaves au service des familles saint-louisiennes sont nombreux. On les considère comme des captifs de case. Ils sont généralement bien traités, rarement vendus ou séparés de leur famille. Ces esclaves sont souvent affranchis
lorsqu'ils adoptent la religion catholique. Il en va autrement pour les captifs en simple transit à Saint-Louis, sur la route des Antilles.

Les femmes s'occupent du travail domestique, pilent le mil, font la cuisine, lavent le linge... Elles s'occupent de la subsistance de leur maître et de celle des esclaves qui attendent leur embarcation. Certains sont les servantes de leur maîtresse et à ce titre, habillées presque aussi luxueusement. Parmi les domestiques, les gourmets, sont de jeunes noirs catholiques, interprètes, aidant et remplaçant les traitants aux escales ; on les appelle aussi les maîtres de langue. Le trait original de cette société esclavagiste saint-louisienne est son caractère urbain. Aucun des esclaves ne travaille dans les champs.


Les noirs libres

A l'exception de quelques riches propriétaires commerçants, ce sont des artisans dont certains spécialisés dans l'entretien des bateaux, des itinérants venant du continent mais aussi des griots. Chaque grande famille de métis ou de noirs est liée à un griot pour des raisons de prestige social mais aussi parce que les griots constituent le lien avec l'Afrique profonde. Autour des marchés vivent aussi des mendiants, aveugles ou infirmes chassés des royaumes voisins par la famine.



 

Les activités des habitants de Saint-Louis. Le commerce de traite


 

Un voilier de traite du début du XIXè siècle

A partir de 1664, date de la création par Colbert d'une des plus grandes compagnies maritimes, la Compagnie des Indes occidentales, l'activité de la traite négrière est au centre du commerce atlantique. Le commerce sur le Fleuve entre dans le cadre de cette activité. Le développement de la culture de la canne à sucre aux Antilles, demande une main d'oeuvre de plus en plus nombreuse.

Il y a deux courants d'échange. La "petite traite" qui se pratique toute l'année et la "grande traite" expédition organisée au Galam, pendant les hautes eaux du Sénégal, de juillet à décembre. La traite négrière est le commerce le plus rentable pour la Compagnie. Les bénéfices substantiels n'empêchent pourtant pas les difficultés et les faillites à cause de l'incompétence des directeurs désignés souvent par favoritisme.



 

Voyage en voilier pour la "grande traite" De l'embouchure du Sénégal au Galam


 

Le passage de la barre

Le premier obstacle pour atteindre Saint Louis, est le passage de la barre. Seuls les bateaux à faible tirant d'eau peuvent la franchir. La barre se crée par l'effet des lames d'eau de mer qui se succèdent et se déplacent les unes sur les autres, en butant contre les sables mouvants de l'embouchure fluvial. La force du Sénégal, y pratique des ouvertures instables appelées passe de barre où les courants restent violents

Certains navires attendent plus d'un mois le moment opportun, en fonction de la marée et des hautes eaux du Fleuve. D'autres restent en rade et allègent leur cargaison pour mieux franchir l'obstacle. Les laptots viennent avec leurs pirogues, après plusieurs heures de navigation périlleuse et épuisante pour décharger en haute mer les marchandises.
Un laptot est chargé de recevoir en priorité le courrier mis dans un baril bien clos, pour éviter qu'il ne soit mouillé ou ne se perde si la pirogue se renverse.

De nombreux voiliers coulent au passage de la barre malgré la prudence et la dextérité des pilotes. Les habitants du village de Gandiole, vivent pour une grande part des naufrages qui leur rapportent de substantiels revenus. A cette occasion, les habitants de Saint-Louis, leur achètent les marchandises qu'ils auraient dû recevoir.
Après le passage de la barre, le voilier se retrouve en eau paisible, pour remonter le Fleuve jusqu'à l'île de Saint-Louis. L'arrivée des bateaux à quai est une attraction. Les curieux sont nombreux pour voir manoeuvrer et accoster un voilier. Le port de Saint-Louis
Les Saint-louisiens isolés, attendent le courrier, les vivres, les pacotilles que les matelots échangent. Le port sur le grand bras du Sénégal, peut recevoir jusqu'à dix voiliers, auxquels s'ajoutent des centaines de pirogues. Les arrivants se logent chez l'habitant.

La "grande traite"du Galam

Deux fois par an, au départ et au retour de la flottille du Galam, le port de Saint-Louis, connaît une activité intense. Le convoi peut regrouper entre trente et quarante voiliers, protégés par les navires armés du gouverneur. En 1789, les équipages des 37 bateaux,
totalisent 784 hommes. Toute la population participe au départ, avec force larmes, car bien des hommes meurent au cours de ce long voyage. Pour avoir le droit de navigation et de passage, la Compagnie paye des coutumes aux souverains qui contrôlent les rives du Sénégal. Les désaccords sont fréquents. L'Almamy, chef du Fouta Toro peu satisfait de leur montant rançonne souvent des navires au retour du Galam.

La Compagnie dispose au Galam du fort Saint-Joseph sur la Falémé et du fort Saint-Pierre sur le Sénégal. Elle y embarque entre 1000 et 2 000 esclaves destinés aux Antilles. L'évaluation d'un captif est faite sur la base d'une barre de fer estimée à 5 livres. Pour un esclave en bonne santé il faut compter 650 livres, soit en nature.
Coupe et plan d'un voilier de traite "le vigilant", du début du XIXe siècle, transportent 345 esclaves.  

  • 2 pièces indiennes
  • 1 fusil à 2 deux coups
  • 2 pièces de guinée
  •  
    • 3 livres de corail
    • 2 pièces de toile
    • 6 mains de papier

    Vente d'esclaves.

    • 2 fusils de traite
    • 1 paire de pistolets
    • 12 pintes d'eau-de-vie
    • 24 livres de plomb
    • 2 sabres
    • 3 branches d'ambre
     
    • 1/4 drap écarlate
    • 8 têtes de tabac
    • 4 cadenas en cœur
    • 8 couteaux flamands
    • 1 miroir
    • 1 marmite de potin.
     

    Le ravitaillement de tout l'équipage entraîne des frais considérables. Soucieuse de la bonne santé des captifs ramenés du Galam, la Compagnie se doit de les nourrir correctement.
    De retour à Saint-Louis, c'est l'enthousiasme sur les quais, même si des bâtiments manquent. Après six mois d'absence des enfants sont nés et les traitants métis attendent le bilan de leur commerce.

    En effet, l'essentiel de leurs ressources provient des échanges au Galam effectués pour leur compte par leurs laptots. Loués à la Compagnie, ils forment l'équipage, mais pour leurs maîtres, ils troquent des barils de sel contre l'or du Galam. Cet or est ensuite investi en achat de captifs provenant des royaumes voisins de Saint-Louis et en bijoux : colliers, anneaux, chaînes et boucles d'oreilles.
    Après l'abolition de l'exclusivité du commerce de traite en 1791, les navires de la Compagnie sont accompagnés d'une foule de voiliers appartenant à des traitants métis ou à des Européens privés .




     

    Voyage pour la "petite traite" de la gomme



    Cette traite se pratique toute l'année, avec les royaumes voisins, surtout le Waalo, traversé par de nombreux bras navigables. Les petits voiliers de 12 tonneaux à fond plat sont hâles lorsque le vent est contraire, par des laptots qui marchent dans l'eau car les rives sont couvertes de palétuviers. L'équipage se compose d'une vingtaine de personnes dont dix à douze laptots. La gomme produit essentiel au XVIIIe siècle, constitue la base de la petite traite.

    Les escales de la gomme

    Ce sont les Maures qui collectent et vendent la gomme, dans les escales ou points de traite. Elles ont pour noms: l'escale du "Désert", près de Rosso ; "Le Coq", près de Richard Toll ; le "Terrier rouge", près de Dagana. Poder, dans le Fouta Toro, est aussi une escale pour la gomme.

    L'escale du "Désert", la plus importante, est située sur la rive droite du Fleuve, près de Dyurbel, première capitale du Waalo. Les caravanes maures de 10 à 30 chameaux avec des boeufs porteurs s'y rendent régulièrement.

    Animaux porteurs

    Ce courant commercial vers le Fleuve est souvent détourné par les Anglais installés à Portendick, sur la côte mauritanienne. La Compagnie française se voit obligée d'offrir un prix d'achat officiel plus incitatif à attirer les Maures vers les escales de Waalo.
    Les traitants métis qui travaillent pour la Compagnie, dans le cadre du commerce exclusif, ne peuvent plus marchander avec les Maures pour obtenir des profits substantiels à la livraison.

    Le marchandage des coutumes et du prix de la gomme

    Pour le commerce de la gomme, les voiliers sont équipés d'un quantar, grande cuve de bois, à fond mobile, installé sur le pont qui sert d'unité de mesure. Il communique avec la cale par un conduit de grosse toile. Aux escales, les Maures apportent la gomme dans des sacs faits en peau de bœuf. Avant que la marchandise n'arrive au Fleuve, les chefs maures viennent discuter du prix du quantar et recevoir les coutumes. Les Maures exigent le maximum des pièces de guinée, qui doivent obligatoirement venir d'Inde.

    Les Compagnies essaient de faire fabriquer des tissus similaires en France, mais les Maures tâtent l'étoffe bleu noir, la hument surtout et refusent toute qualité inférieure. L'indigo indien a une odeur inimitable pour eux.
    Pour la gomme, le troc se fait aussi avec des barres de fer et des pacotilles.

    Les prix fixés, un coup de canon retentit pour ouvrir le marché et les caravanes arrivent. La traite commence, la plupart du temps avec tricherie de part et d'autre. Les Maures roulent la gomme de qualité inférieure dans du sable humide pour augmenter son poids, puis dans des débris de gomme pour camoufler tant bien que mal leur supercherie. Les traitants dissimulent au fond du quantar une petite glissière munie d'un manche qui s'ouvre sur la cale du voilier. Les astuces des deux partenaires
    Maures et traitants versent ensemble la gomme dans la cuve, tandis qu'un complice ouvre la glissière et manoeuvre si bien que de 500 livres le quantar en absorbe 2 000 livres... et cela sous les yeux des Maures qui n'y comprennent rien.
    Le comptoir de Saint-Louis apparaît donc comme un centre actif du commerce de traite du XVIIe siècle à l'abolition de l'esclavage en 1848. Il assure la richesse des Européens et des métis.
    Mais dans les royaumes voisins, tel que le Waalo, se crée un climat d'insécurité dû aux guerres, avec la vente des prisonniers comme esclaves. Le système des coutumes, installe une dépendance de plus en plus étroite des souverains et de l'aristocratie vis à vis de la Compagnie maritime. Saint-Louis étend progressivement son influence et finira par annexer la rive droite et la rive gauche du Fleuve.

     

    Saint-Louis

    Saint-Louis
    Louis
    Ouïs
    Huis
    Is
    Engloutie
    Sous le sable des Nars.  

    Louis d'or
    Du Galam
    Or noir,
    Richesse des signares
    A l'abri de la barre.
    Pour maintenir leur rang
    La sueur et le sang
    Des gourmets, des rapasses
    De tout le bois d'ébène
    Pour leur profit de reines.  

    Ouïs, les tabalas
    Des Maures
    Annonçant aux escales
    La traite de la gomme.
    Etiques les gommiers
    De l'île à morphil
    Plantureuses les femmes
    Des isles de Ndar.  
    Huis clos
    Cadenassée
    L'obscure esclaverie.
    Fenêtres ajourées
    Ombres en filigrane
    Se jouent sur le plancher
    De l'étage doré
    Où le luxe et l'encens
    Etouffent les sanglots
    Et les voix des laptots.

     Is
    A fleur d'eau
    Sous le sable et les flots
    Et sous le poids des ans S'enfonçant doucement
    Au fil de l'eau
    Au fil du temps.