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La marche vers l'indépendance.
 






La remise en cause du système colonial au Sénégal.

 

        Après les échecs d'El Hadj Omar Tall, de Lat Dior, d'Albouri Ndiaye, la Casamance dernier bastion de la résistance est soumise en 1917.
Dans son film " Emitaï " Sembene Ousmane fait revivre un épisode de la résistance diola face à la domination coloniale.

Né en 1923 en Casamance, Sembene Ousmane a d'abord exercé divers métiers, mécanicien, docker... en France. C'est aujourd'hui un écrivain et un cinéaste connu dans toute l'Afrique.

L'ordre colonial règne sur le Sénégal mais l'aspiration à la liberté reste toujours latente. Elle, se manifeste à travers le nationalisme qui imprègne le mouvement syndical, la vie politique, culturelle, intellectuelle.


 

Syndicalisme et vie politique


Les premières manifestations d'une conscience syndicale indigène remontent à 1885 avec le groupement des charpentiers du Haut-Fleuve.

Bien qu'interdites les l ères grèves à caractère syndical éclatent avec la l ère guerre mondiale en 1917, en 1918 - grève des maçons de Rufisque - afin d'améliorer les conditions de vie très dures des travailleurs.

L'arrivée en France du Front Populaire donne au mouvement syndical un nouvel élan.

Les revendications portent d'abord sur les salaires et les conditions de travail.

En septembre 1938 le syndicat des travailleurs indigènes du Dakar-Niger déclenche une grève générale que l'administration coloniale réprime dans le sang : 7 morts et 125 blessés.

En 1947, une nouvelle grève de 5 mois et 10 jours inspire à Sembene Ousmane son livre "Les bouts de bois de Dieu".

A partir de 1957, le syndicalisme sénégalais revendique l'indépendance et le droit des peuples colonisés à disposer d'eux mêmes.

Le mouvement syndical est soutenu par les partis politiques.

Au sein de l'AOF, créée en 1895, le Sénégal, siège de la capitale fédérale, joue un rôle important. A l'intérieur de la colonie on distingue les quatre communes, Saint-Louis, Gorée, Dakar, Rufisque, les autres pays d'administration directe sont gérés par les commandants de cercle français, les chefs de cercle sénégalais mis en place par Faidherbe n'ayant eu qu'un rôle limité, les protectorats, anciens royaumes sénégalais.

Soumise à l'autorité du gouverneur général la colonie est aussi dotée de trois institutions républicaines : la responsabilité municipale est détenue par les maires élus des quatre communes, la responsabilité des questions législatives échoit au Conseil général créé en 1879, le député assure le lien entre la colonie et la métropole.

La vie politique à l'Européenne est ancienne à Saint-Louis, elle remonte au XVIIIe siècle.

Jusqu'en 1914 la vie politique et économique de la colonie est dominée par les blancs et les métis : aux grandes familles bordelaises, les Maurel et Prom, les Chaumet, les Delmas, surnommées "les requins" par les Sénégalais, l'exportation des arachides, l'importation des biens de consommation, aux métis, surnommés "les traîtres" par les Sénégalais, les comptoirs de l'intérieur. Les Bordelais dirigent la politique économique, les métis la politique locale.

Justin Devès, maire de Saint-Louis. Son frère ainé, Théodore, est président du conseil colonial.

Les familles métisses Carpot et Devès luttent pour le contrôle politique du Sénégal.

François Carpot est élu député du Sénégal en 1902. Il bat son prédécesseur le comte d'Agoult au premier tour. Réelu de justesse en 1910, il est battu en 1914 par Blaise Diagne.

Louis Guillabert

est l'un des rares Saint-louisiens de famille métisse à maintenir son influence sur la -vie politique sénégalaise après la défaite de F. Carpot en se rapprochant de Blaise Diagne.
Il dirige le conseil colonial de 1916 à 1925.

Blaise Diagne est le premier député noir élu en 1914, acquis à l'idéologie assimilationniste de la puissance coloniale, il est nommé haut-commissaire des troupes noires pendant la l ère guerre mondiale.
Né à Gorée en 1872, Blaise Diagne, après des études au Sénégal puis à Aix en Provence est admis au concours des douanes coloniales. Il est affecté au Congo puis en 1898 à l'Ile de la Réunion où il découvre la franc-maçonnerie. En 1908 il quitte Madagascar, épouse une française. Revenu au Sénégal en 1913 il décide de présenter sa candidature comme député. Son appartenance à la franc-maçonnerie facilite son accession à la députation.  
 
A la veille de la l ère guerre mondiale la colonie est en effervescence, les mécontents sont nombreux : les lébous car les français ont envahi leurs terres pour construire Dakar et Rufisque, les "jeunes sénégalais" regroupement d'enseignants, d'interprètes, d'employés se sentent dominés par les métis, les mourides, très influents, dont le chef est en résidence surveillée après avoir été deux fois contraint à l'exil par les français.

Blaise Diagne mène une campagne très habile, il ne méprise ni ne corrompt ses électeurs.

"je suis noir, ma femme est blanche, mes enfants sont métis, quelle meilleure garantie de mon intérêt à représenter toute la population ?"
Blaise Diagne photographié après l'élection de 1914 sur le balcon de son appartement parisien en compagnie de sa femme et de ses trois fils. Le 2ème, Raoul, devient dans les années 30 un joueur de football réputé du Racing-Club de France.  
 
Le thème principal de la campagne électorale de Blaise Diagne est le maintien des droits historiques de vote et de citoyenneté des Afiricains des quatre communes : "ils disent que vous n'êtes pas français et que je ne suis pas français ! Je vous dis que nous le sommes, que nous avons les mêmes droits".

Il obtient le soutien de tous les mécontents et il est élu au 2e tour.

La victoire de Blaise Diagne, premier député noir, secoue la colonie. Le gouverneur général William Ponty est dépassé, les négociants bordelais se lamentent, le ministère des colonies demande des explications. Les Libanais s'empressent de garantir à Blaise Diagne leur futur soutien financier. Dans les protectorats les mourides pensent que Blaise Diagne les préservera d'une trop grande ingérence française.

Les lois Diagne 1915-1916 rendent les citoyens des quatre communes français à part entière.

Pendant la l ère moitié de sa carrière Blaise Diagne envisage un Sénégal gouverné par des Africains.

Puis il devient de plus en plus conservateur. En 1923 sur l'instigation d'Albert Sarraut, ministre des colonies, il signe un pacte avec les maisons de commerce bordelaises qu'il avait jusque là combattues. Il ternit encore davantage son image en 1930 en défendant le travail forcé aux colonies devant l'OIT (Organisation Internationale du Travail) à Genève. Il sera cependant constamment réélu député jusqu'à sa mort en 1934.

Après une carrière brillante :député, haut commissaire des troupes africaines, deux fois sous secrétaire d'Etat aux colonies il laisse une image contrastée. Pour certains Africains c'est "un français noir, plus français que les français" pour d'autres Blaise Diagne a permis le réveil politique de l'A.O.F. Son élection en 1914, sonne la fin de la domination blanche et métisse sur la vie politique locale et l'avènement des hommes politiques noirs.

La disparition de Blaise Diagne relance la compétition électorale. Galandou Diouf, ancien combattant, veut améliorer le sort des paysans face à son concurrent Lamine Gueye, avocat, soutenu par les intellectuels, Léopold Sedar Senghor, Birago Diop. Galandou Diouf l'emporte et domine la vie politique sénégalaise jusqu'à sa mort en 1941.

Né à Saint-Louis en 1875 Galandou Diouf est issu d'une famille sérère-Wolof.
Opposé à l'oligarchie bordelaise et métisse il soutient Blaise Diagne en 1914. Il s'enrôle dans l'armée française, en 1918 il accompagne Blaise Diagne dans sa mission. de recrutement dans toute l'AOF. Il s'écarte de lui en 1923.

1875 - 1941

 
     
Il apporte un soutien constant aux cheminots du Dakar-Niger. Il obtient, à la chambre des députés, une enquête sur la grève de septembre 1938, le gouverneur général de Coppet est relevé de ses fonctions.

A la mort de Galandou Diouf la vie politique est animée par Lamine Gueye, Lamine Senghor et son cousin Léopold Sedar Senghor poursuivent le combat en France.
Avocat, Lamine Gueye, est élu maire de Saint-Louis en 1925. En 1931 il est nommé conseiller à la cour d'appel de l'lle de la Réunion. En 1934 il fonde avec ses amis le PSS (Parti Socialiste Sénégalais) puis intègre en 1938 la SFIO.
Maire de Dakar de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'en 1961 il est aussi le 1 er président de l'Assemb1ée Nationale du Sénégal indépendant.
 


 

Le rôle des intellectuels sénégalais

   
Lamine Senghor, mutilé de la guerre 14-18, s'installe à Paris, devient le chef du "comité de défense de la race nègre". Favorable aux idées marxistes, en 1927, en Belgique, il participe à la fondation de la "ligue contre l'impérialisme et l'oppression coloniale" aux côtés d'Albert Einstein et de Nehru. Elu membre du comité directeur il est arrêté en 1929 et meurt en prison.

 
En 1954, Cheikh Anta Diop, développe dans sa thèse "Nations Nègres et culture " des idées révolutionnaires pour l'époque qui marquent profondément le nationalisme africain. Il est soutenu par Aimé Césaire qui avec Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor affirment l'identité culturelle de l'Afrique à travers la négritude.  
     
Né au Sénégal, à Joal, en 1906 Léopold Sedar Senghor est élevé par les religieux au séminaire de Ngasobil, puis à Dakar, au collège Liberman, boursier au lycée Louis le Grand à Paris, licencié es-lettres, agrégé de grammaire en 1939 il est instruit dans un système de pensée étranger à l'Afrique et profondément assimilateur.
 
     

Formés dans les écoles coloniales les intellectuels africains retournent contre le colonisateur les idées révolutionnaires de liberté et d'égalité et mettent à nu la contradiction entre les principes et la réalité vécue par les indigènes.

Le nationalisme anti-colonial est un double mouvement de lutte pour le recouvrement de l'identité nationale et pour l'indépendance. Il s'exprime dans les années 30 à travers le mouvement de la Négritude.

A Paris l'art nègre introduit par quelques initiés comme Apollinaire, Picasso, a la faveur des collectionneurs. Un courant de pensée favorable aux civilisations de l'Afrique Noire se développe.

Paris est paradoxalement le siège de la domination coloniale mais aussi un lieu de bouillonnement culturel favorable à l'éclosion de la Négritude, mouvement à la fois politique, culturel et littéraire car la ville est un creuset où se rencontrent les Noirs américains, les Antillais comme Aimé Césaire, les Guyanais comme Léon Gontran Damas, les Africains comme Léopold Senghor, Birago Diop, Ousmane Socé.

Autour de l'Antillais Etienne Lero se forme un premier groupe qui publie en 1932 "légitime défense" premier cri de révolte contre l'impérialisme blanc.

Le mouvement s'agrandit rejoint par les Africains. En 1934 c'est la publication de "l'étudiant noir". Le mouvement de la négritude est né. Si Aimé Césaire et Léon Gontran Damas militent surtout contre l'assimilation culturelle Léopold Sédar Senghor se fait le chantre du retour aux sources africaines.

Léopold Sédar Senghor

Négritude, Arabisme
et
Francîté


Beyrouth, 1967,
Commençons par rendre à Césaire ce qui est à Césaire. Car c'est le poète et dramaturge martiniquais qui a forgé le mot dans les années 1932-1934. Mais la réalité recouverte par le mot existait bien avant, depuis 40 000 ans, depuis les statuettes stéatopyges des Négroïdes de Gri-maldi . D'ailleurs comment aurait-il pu en être autrement? N'est-il pas normal, je ne dis pas en logique, mais en dialectique, que chaque groupe humain élabore ses moyens d'adaptation à la Nature et d'adaptation de la Nature à lui. Pour tout dire, ses moyens d'expression, son langage? C'est l'évidence, toute société humaine a sa civilisation, plus ou moins riche, plus ou moins originale, selon sa personnalité. Cette civilisation est constituée d'une somme de réponses devant les énigmes de la nature, de démarches devant les exigences de " l'énergie humaine ". Elle est fondée sur une métaphysique, sur une ontologie, sur un esprit qui est la Culture, et elle comprend les moeurs, les sciences et techniques, les arts et lettres, etc. Elle est fille de la race, de la géographie et de l'histoire, qui expliquent les façons de sentir, de penser et d'agir de chaque groupe humain.
Donc, les Négro-Africains, comme toutes les autres ethnies de la terre, ont un ensemble spécifique de qualités dont l'esprit-culture, dans une situation donnée, a produit une civilisation originale, unique, irremplaçable. Sans doute certaines de ses qualités ont-elles pu se rencontrer chez d'autres peuples, mais certainement pas toutes ensemble, certainement pas sous cet éclairage, dans cet équilibre et au même degré. La Négritude est donc l'ensemble des valeurs de civilisation du monde noir, telles qu'elles s'expriment dans la vie et les oeuvres des Noirs.
 



 

Nationalisme et poêsie

Ce poême, hymne à la nuit africaine est aussi une invitation au retour aux sources et un rejet implicite des valeurs occidentales imposées par la colonisation.


Nuit de Sine

Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques,
tes mains douces plus que fourrure.
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise
nocturne
A peine. Pas même la chanson de nourrice.
Qu'il nous berce, le silence rythmé.
Ecoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre,
écoutons
Battre le pouls profond de l'Afrique dans la brume des villages
perdus
Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale
Voici que s'assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux mêmes
Dodelinement de la tête comme l'enfant sur le dos de sa
mère
Voici que les pieds des danseurs s'alourdissent ; que s'alourdissent
la langue des choeurs alternés.
C'est l'heure des étoiles et de la Nuit qui songe
S'accoude à cette colline de nuages, drapée dans son pagne
de lait.
Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si
confidentiel aux étoiles.
Dedans, le foyer s'éteint dans l'intimité d'odeurs âcres et
douces.
Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour les
ancêtres comme les parents, les enfants au lit.
Ecoutons la voix des Anciens d'Elissa. Comme nous exilés
Ils n'ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur
torrent séminal.
Que j'écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d'âmes
propices
Ma tête sur ton sein chaud comme un dang au sortir du feu et
fumant
Que je respire l'odeur de nos Morts, que je recueille et redise
leur voix vivante, que j'apprenne à
Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur, dans les hautes
profondeurs du sommeil.

Léopold Sédar Senghor.
Chants d'ombre.
 

Le poême dédié au guyanais Léon Gontran Damas est un hommage rendu au courage et aux souffrances endurées par les tirailleurs sénégalais qui ont payé un lourd tribut lors des deux guerres mondiales.

 


Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude sous
la glace et la mort
Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère
de sang?

Je ne laisserai pas la parole aux ministres, et pas aux généraux
Je de laisserai pas - non! - les louanges de mépris vous enterrer
furtivement.
Vous n'êtes pas des pauvres aux poches vides sans honneur
Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France.

Car les poètes chantaient les fleurs artificielles des nuits de
Montparnasse
Ils chantaient la nonchalance des chalands sur les canaux de moire et
de simarre
Ils chantaient le désespoir distingué des poètes tuberculeux
Car les poètes chantaient les rêves des clochards sous l'élégance des
ponts blancs
Car les poètes chantaient les héros, et votre rire n'était pas sérieux,
votre peau noire pas classique.

Ah! ne dites pas que je n'aime pas la France - je ne suis pas la
France, je le sais--
Je sais que ce peuple de feu, chaque fois qu'il a libéré ses mains
A écrit la fraternité sur la première page de ses monuments
Qu'il a distribué la faim de l'esprit comme de la liberté
A tous les peuples de la terre conviés solennellement au festin
catholique
Ah! ne suis-je pas assez divisé? Et pourquoi cette bombe
Dans le jardin si patiemment gagné sur les épines de la brousse?
Pourquoi cette bombe sur la maison édifiée pierre à pierre?,

Pardonne-moi, Sira Badral , pardonne étoile du Sud de mon sang
Pardonne à ton petit-neveu s'il a lancé sa lance pour les seize sons
du sorong
Notre noblesse nouvelle est non de dominer notre peuple, mais d'être
son rythme et son coeur
Non de paître les terres, mais comme le grain de millet de pourrir
dans la terre
Non d'être la tête du peuple, mais bien sa bouche et sa trompette.

Qui pourra vous chanter si ce n'est votre frère d'armes, votre frère
de sang
Vous Tirailleurs Sénégalais, mes frères noirs à la main chaude,
couchés sous la glace et la mort?

Paris, Avril 1940

Léopold Sédar SENGHOR
, Hosties noires,

 
Créés par Faidherbe en 1857 les unités de "tirailleurs sénégalais" regroupant des soldats des différentes colonies françaises d'Afrique ont participé aux conquêtes coloniales en Afrique Noire, à Madagascar, au Maroc.

Dès septembre 1914 tous les bataillons sénégalais disponibles sont transportés en France, dirigés sur le front soit 30 000 hommes, 20 000 hommes en 1915, 52 000 en 1916.

Joost Van Vollenhoven Blaise Diagne

Né en Algérie d'une famille hollandaise Joost Van Vollenhoven devient en mai 1917 gouverneur général de l'AOF avec une double mission :
- ravitailler la France en -vivres et matières premières
- reprendre les opérations de recrutement. J. Van Vollenhoven n'est pas favorable à la reprise du recrutement.
Il n'en ignore ni les incidences économiques -départ d'une main d'oeuvre jeune, indispensable à la subsistance de la colonie - ni les incidences morales. Mais il fait taire ses convictions, organise une nouvelle levée. Il part en France pour rencontrer le président du conseil, Clemenceau, celui-ci nomme entre temps Blaise Diagne avec le litre de haut commissaire au recrutement. Joost Van Vollenhoven a donné sa parole d'honneur à de nombreux chefs, affirmant que le recrutement était fini. Il démissionne, demande à partir sur le front. Capitaine au régiment d'infanterie coloniale du Maroc il est tué en juin 1918 au combat de l'Aisne.
Le plus grand lycée de Dakar a porté son nom jusque dans les années 80 avant de devenir le lycée Lamine Gueye.


En 1918 Blaise Diagne, haut commissaire au recrutement rassemble, sans incidents, 63 000 soldats.
Populaire, habile il s'entoure, pour mener à bien cette campagne à travers toute l'AOF, de collaborateurs efficaces comme Galandou Diouf et de membres de familles célèbres comme Abdel Kader Mademba Sy, petit-fils d'El Hadj Omar Tall par sa mère. Les Dakarois, les Saint-louisiens qui considèrent la France comme leur patrie veulent participer à l'effort de guerre. Telle était la mentalité de l'époque.
Les marabouts soutiennent l'action de Blaise Diagne, envoient des soldats et de l'argent. Cheikh Amadou Bamba, pourtant exilé à deux reprises par l'administration coloniale, fournit 551 soldats. El Hadj Malick Sy a même donné son propre fils.


A la fin de la guerre 95 bataillons sénégalais sont engagés sur tous les fronts d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient. Ces bataillons jouent un rôle important dans les combats, se font remarquer par leur valeur militaire et leur courage, rentrent chargés de gloire mais ils ont subi de très lourdes pertes : 29 250 tirailleurs ont été tués.

 

Anciens combattants connus... ou méconnus...

Abdel Kader Mademba Sy

Petit fils d'El Hadj Omar Tall par sa mère. Tirailleur sénégalais il. monte rapidement en grade. En 1918 il est lieutenant avec la croix de guerre et la légion d'honneur. Blaise Diagne le prend comme adjoint lors du recrutement de 1918.

Mbakhane Diop

fils de Lat Dior. Engagé volontaire pendant la grande campagne de recrutement de 1918 menée par Blaise Diagne

 

Tirailleurs sénégalais

Troupe en tenue de campagne.

   
Lors de la 2ème guerre mondiale, en A.O.F., 63000 tirailleurs sénégalais sont engagés en 1940. On compte 24000 morts ou disparus au moment de l'armistice.
Entre le 28 novembre et le 1er décembre 1944 éclatent les événements de Thiaroye avec le retour des premiers tirailleurs, signe d'une prise de conscience avec la remise en question de la domination coloniale.
Le 18 novembre 1944 un bâteau débarque à Dakar 1200 tirailleurs libérés des prisons allemandes. Ils sont accueillis au camp militaire de Thiaroye à 15 kilomètres de Dakar, camp de transit, avant l'acheminement vers les pays d'origine des tirailleurs : Sénégal, Soudan, Guinée, Côte d'Ivoire, Haute Volta.
Les autorités françaises avaient promis le paiement d'un pécule de guerre dès l'arrivée des tirailleurs à Dakar. Le 26 novembre, après diverses péripéties, elles décident que les tirailleurs seront payés par leur commandant de cercle respectif. La tension monte, des incidents éclatent, un adjudant de la marine française est tué.

Le l er décembre 1944 le camp est encerclé par une vingtaine de chars d'assaut. Les tirailleurs reçoivent l'ordre d'évacuer les locaux. Ils refusent.

Le général Magnan donne l'ordre de tirer. La fusillade aurait fait entre 40 à 200 morts selon les sources et de nombreux blessés. Les tirailleurs rescapés sont emprisonnés et jugés.

Mais face à une France humiliée, affaiblie, divisée - les jeunes écoliers sénégalais passent du chant "Maréchal nous voilà" à "Vive de Gaulle" - Les colonisés ont compris que la métropole n'était pas invincible. Soutenu par l'URSS et les USA le processus de décolonisation est enclenché.

   

 
Thiaroye, témoignage en 1944

 

THlAROYE novembre décembre 1944

TEMOIGNAGE de M. Doudou DIALLO, président de la

Féderation des Anciens combattants et prisonniers de guerre du Sénégal.
 

LA GUERRE, LA CAPTIVITE

J'étais brigadier au 20le régiment d'artillerie coloniale. En 1939, nous étions stationnés à Libourne, aux environs de Bordeaux, en France. Dès le début de la guerre, en septembre 1939, nous sommes montés au front. Mais pendant l'hiver, nous avons été ramenés en Gironde, où le climat était moins rude pour les soldats africains.

Revenus en ligne au printemps, nous avons été faits prisonniers le 21 juin 1940, à Mirecourt, dans les Vosges. De là, j'ai personnellement été envoyé dans un camp de travailleurs de force près de Rennes, et employé dans la même région, au chargement des munitions à destination du front russe. Ce travail était formellement interdit par la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre, mais les Allemands ne s'en préoccupaient pas.

Le travail était dur, mais nous avions quelques libertés, notamment le soir, après le travail. Cela m'a permis de prendre contact avec un groupe de résistance, aux environs du camp, avec lequel j'ai fait du sabotage et auquel je fournissais des munitions.

Le vol de munitions était passible, bien entendu, de la peine de mort. Mais nous avions foi en l'avenir et en la générosité de la France, nous avions accepté de mourir pour la liberté du monde. Et beaucoup de nos camarades sont effectivement morts soit au combat, soit des suites de privations et du dénuement dans lequel ils se trouvaient. Refusant l'esclavage et la domination, nous nous sommes battus comme des Français d'origine. Nous nous considérions d'ailleurs comme des Français à part entière.

Lorsque la région a été libérée, le 17 octobre 1944, j'ai été nommé maréchal des logis par ordre du commandant Coste, chef départemental des Forces Françaises de l'Intérieur pour l'Ile-et-Vilaine. Nous avons été alors remobilisés. Mais le général de Gaulle nous fit démobiliser. On nous jeta même quelques fleurs : nous avions déjà beaucoup souffert, nous étions l'avant-garde de l'armée de libération.


L'EVOLUTION DES MENTALITES

Comme l'a dit à l'époque le général Magnan, qui commandait les troupes de l'Afrique Occidentale Française, nous n'étions plus les "tirailleurs Banania" (1) qui avaient quitté leur pays en 1938-1939. Le temps passé en France nous avait changés et nous avait ouvert les yeux. Nous croyions auparavant que la France était invincible à cause de sa force, de son courage, de son organisation. Formés dans l'armée française, nous pensions que nous étions les meilleurs soldats du monde.

Et pourtant l'armée française avait été battue, écrasée même par l'armée allemande, mieux armée, mieux équipée.

Alors nous nous sommes dit : aujourd'hui nous nous disons Français, mais nous ne sommes des Français, ni pour l'habillement, ni pour la nourriture, ni pour les émoluments. Nous sommes des Français de seconde zone, parce que nous avons été colonisés.

En voyant les Allemands, vainqueurs, traiter les Français comme des esclaves, nous avons compris que, si nous avions été armés comme les Allemands, nous n'aurions jamais été colonisés. Comme hommes, nous n'étions pas inférieurs, mais nous n'avons pas eu les moyens matériels de nous défendre. La balle qui tue ne fait pas de distinction entre Noir et Blanc.

Nous avions donc acquis une nouvelle mentalité, nous n'acceptions plus d'être traités en inférieurs. Nos galons sortaient du même magasin. Après avoir servi sous le même drapeau et accompli notre devoir de combattant, nous estimions que nous devions être traités de la même façon. En particulier, nos camarades français prisonniers de guerre comme nous, une fois libérés, avaient droit à un pécule. Nous l'avons demandé aussi.

Nous sommes donc partis après
une semaine, et nous avons
débarqué à Dakar le 21
novembre. On nous a installés au
Camp de Thiaroye, le camp du 6ème
régiment d'artillerie coloniale,
commandé par le colonel Le
Berre. Là, nous avons renouvelé
nos doléances et rappelé les
promesses qui nous avaient été
faites.

Mais nous ne savions pas que les mentalités à Dakar n'avaient pas suivi la même évolution qu'en France. C'était la période de fin de la guerre. L'A.O.F., épuisée par l'effort de guerre connaissait
des difficultés inextricables. D'autre part, les mouvements politiques commençaient à s'organiser, en particulier le Bloc Africain de Lamine Gueye, et heurtaient l'esprit un peu raciste et intolérant des Français qui étaient restés sur place.

Pour nous, nos demandes étaient les mêmes et nous paraissaient tout à fait légitimes. Nous voulions que l'armée reconnaisse nos droits et nous traite comme nos camarades français et non plus comme nous l'étions avant la guerre. C'était plus une question de principe que d'argent :

(1) Entre les deux guerres mondiales, une marque de petit déjeuner faisait sa publicité avec des affiches représentant un tirailleur sénégalais au large sourire et le slogan :
" Y'a bon Banania "

les sommes qu'on nous devait étant souvent peu de choses, même si certains "petits Blancs "nous trouvaient trop exigeants. Mais nous étions intransigeants: ce qui est dû aux Français nous est dû, nous sommes comme eux des patriotes et des défenseurs du monde libre.

Le général Magnan est venu, avec d'autres officiers, pour discuter avec nous. Ce geste était déjà, par lui même, une attitude nouvelle et extraordinaire. Avant la guerre, on ne se serait pas donné la peine de nous écouter. Mais le général lui même déclarait: "Les tirailleurs qui viennent de France ne sont plus les mêmes, ils n'ont plus peur des Blancs ! " et il nous a dit:

"Soyez calmes, nous allons régler vos problème demain ou après demain."
 
 
THIAROYE

Et voilà que le 30 novembre, nous recevons l'ordre de nous préparer à partir pour rejoindre nos territoires respectifs et nos villages. Nous avons alors réitéré nos revendications : "Nous ne partirons pas tant que notre situation ne sera pas réglée: ce n'est pas une fois dans nos villages que cela pourra se faire. "

Le général est venu. Nous l'avons entouré et nous ne voulions pas le laisser partir tant qu'il ne nous aurait pas donné l'assurance que tout serait réglé avant notre départ. Ce qu'il fit.

Le lendemain, l er décembre à l'aube, le camp a été entouré par un détachement appuyé par des chars. Les camarades sont sortis des baraquements encore à moitié endormis, à peine habillés et, bien entendu, sans armes. On leur a ordonné : "Embarquez dans les wagons, sinon nous tirons". Les officiers ignoraient que nous n'avions plus peur de la mort, que nous avions vue si souvent de près.

Après trois sommations, ils ont ouvert le feu. D'abord les hommes ont cru qu'il s'agissait de cartouches à blanc ; mais quand ils ont vu leurs camarades tomber, ils ont compris qu'on leur tirait dessus pour de bon.

Officiellement, il y eut 24 tués sur le coup et 11 blessés décédés de leurs blessures. Environ 35 blessés ont été hospitalisés, mais dans quelles conditions ! Un commandant a voulu obliger un blessé à marcher à pied jusqu'à l'hôpital. L'homme a refusé : "Même l'ennemi nous ferait transporter..." A l'hôpital, la nourriture était indigeste: de la bouillie de mais dont les cochons eux-mêmes n'auraient pas voulu. Il a fallu l'intervention des médecins pour que les blessés soient alimentés correctement.

La veille, ne pouvant augurer d'un lendemain aussi funeste, je suis allé passer la nuit à Dakar, comme d'habitude, dans ma famille. En fin de matinée, j'ai pris le car rapide pour revenir au camp. Au carrefour de Thiaroye, il y avait un détachement de tirailleurs avec un caporal. Ils m'ont fait descendre. J'étais étonné, car je ne pensais pas qu'un caporal puisse arrêter un sergent et sous quel chef d'inculpation? On m'a conduit devant les gradés français. Il y avait en particulier un adjudant-chef qui s'appelait Lerouge. On a commencé à me fouiller et à me traiter de façon incorrecte. J'ai réagi violemment, parce que ne comprenant pas la raison de cette attitude. Je leur ai alors lancé au comble de la colère : "C'est facile de faire la guerre à Thiaroye, mais si vous voulez vous battre, ce n'est pas ici qu'il faut le faire". On a pris cela pour la rebellion et, les esprits étant surchauffés par les événements de l'aube, un officier français a donné l'ordre, qu'on me fasse taire par tous les moyens. Les tirailleurs hésitaient, je leur ai crié: "Allez-y, qu'estce que vous attendez ?". Les officiers étaient stupéfaits, ils ne pouvaient comprendre. J'avais vu la mort bien des fois.

Deux tirailleurs m'ont alors encadré et m'ont conduit au camp, où j'ai pris mes bagages dans la baraque. C'est alors que j'ai appris ce qui s'était passé et je fus arrêté comme meneur. On m'a laissé au garde-à-vous en plein soleil jusqu'à quatre heures du soir, et j'en ai gardé jusqu'à maintenant des maux de tête.

On nous a conduits à la prison civile où nous sommes restés trois mois avant d'être jugés. Pendant l'instruction, en fouillant mes bagages, on a trouvé ma carte d'identité des Forces Françaises de l'Intérieur et mon ordre de nomination de maréchal des logis. Alors il n'était plus possible de maintenir l'accusation selon laquelle nous étions contaminés par la propagande allemande. Sinon j'aurais eu personnellement au moins 20 ans de travaux forcés, alors que je n'eus que 18 mois de prison.

Le verdict a été rendu le 6 mars 1945 ; sur les 45 camarades jugés pour "mutinerie", 34 ont été condamnés.

Grâce à la loi d'amnistie du 16 avril 1946, deux camarades ont été libérés. Personnellement, j'ai achevé ma peine. Quand le Président de la République Française, Vincent Auriol, devait venir à Dakar en avril 1947, il y avait encore 18 de nos camarades emprisonnés. J'ai dit alors aux membres du bureau de l'Association des Anciens Combattants qu'avant de solliciter quoi que ce soit pour nous mêmes, il nous fallait demander la grâce de nos camarades et des réparations pour les familles des victimes. Nous avons vu nos députés, Lamine Guèye et Léopold Sédar Senghor.

Nous avons été reçus par le Président de la République Française et Senghor a été notre interprète. Le ministre de la France d'outre-mer, Marius Moutet, avait l'air indigné. Vincent Auriol a demandé à un général de prendre note de faire le nécessaire pour que les prisonniers soient libérés avant même que le décret de grâce soit signé.

Il n'y a pas d'amertume à rappeler ces souvenirs, qui font partie de l'histoire. Et ils ne doivent pas empêcher que s'instaure maintenant une vraie collaboration entre hommes de bonne volonté.
 
 

LES INTERVENTIONS

Extraits de Lettres
au Président de la République et de 1'Union Française.

 

Nous demandons à M. Le Haut Commissaire Barthes, dont nous connaissons les sentiments d'affectueuse sollicitude à l'égard des populations africaines de bien vouloir vous présenter en notre nom une requête en faveur des militaires africains, internés dans les camps de Gorée et de Thiès à la suite des douloureux incidents de Thiaroye.

CHARLES GUY ETCHEVERRY

Dans "Réveil", organe officiel du Mouvement unifié de la Résistance n° 207 du 15 mai 1947.
 

J'ai l'honneur d'appeler à nouveau votre bienveillance attention sur les prisonniers sénégalais condamnés après les incidents de décembre 1944, au camp de Thiaroye.
Dix huit d'entre eux sont encore en prison. Je crois savoir qu'ils sont l'objet d'une proposition pour une grâce amnistiante. Leur cas est d'autant plus pitoyable que ce sont d'anciens prisonniers de guerre qui avaient subi quatre années de captivité et dont un grand nombre s'était battu dans le maquis, aux côtés de leurs camarades F.F.I.
Sans doute sont-ils coupables d'acte d'indiscipline en ayant retenu prisonnier un général pour appuyer leurs revendications : mais il y a à leur faute des circonstances atténuantes. Aussi bien leurs revendications étaient-elles fondées puisqu'ils s'agissait pour eux de se faire donner l'arriéré de leurs solde et indemnités, avant leur retour au foyer.

LEOPOLD SEDAR SENGHOR

Lettre du 16 mai 1947, publiée dans "Réveil" 215 du 12 juin 1947
 
 
 

Réponse du Ministre de la France d'Outre-Mer.

Je viens de transmettre à M. le Ministre de la guerre dix-huit demandes individuelles de grâce amnistiante en faveur des condamnés dont les peines ont été prononcées par le Tribunal Militaire Permanent de Dakar à la suite des incidents de Thiaroye.

Paris le 30 mai 1947
MARIUS MOUTET
"Réveil" n° 215 du 12 juin 1947

Le Président Vincent Auriol Président de la République Française et de l'Union Française, vient d'accorder la grâce amnistiante à tous les anciens militaires détenus dans les prisons ou les camps à la suite des douloureux incidents de Thiaroye: telle est la nouvelle qui nous parvient de notre camarde et ami Léopold Sédar Senghor, député du Sénégal.

"Réveil" n° 218 du 23 juin 1947