| L'ingérence
de Faidherbe dans la politique de Kayor |
| |
La résistance de Lat Dior
se situe dans le cadre de la pénétration
européenne en Afrique occidentale. Au Sénégal,
après El Hadj Omar Tall, Lat Dior est le
principal adversaire de l'implantation française
Après la conquête du Waalo en 1855 Faidherbe
veut faire du Fleuve l'axe de pénétration vers
l'intérieur du continent (axe ouest-est).
L'échec d'El Hadj Omar devant Médine donne à
la France la maîtrise du Fleuve. Le Waalo sert
de base aux ambitions de Faidherbe qui veut
réaliser la jonction Saint-Louis Gorée-Dakar
(axe nord-sud) à travers le Kayor. Il affronte
alors un nouvel adversaire, Lat Dior, damel de ce
royaume.
L'organisation du Kayor
L'organisation politique et sociale de Kayor est
sensiblement comparable à celle du Waalo. Les
deux royaumes Wolof font partie jusqu'au XVIe
siècle de l'empire Djolof.
Bien que hiérarchisée en différents groupes,
nobles (garmi), "bourgeois" (diambur),
paysans (badolos), gens de caste, et esclaves, la
société possède différents organes de
consultation, d'expression et de décision qui
permettent une régulation sociale et une participation
au pouvoir de l'ensemble de la population.
Le Damel, souverain animiste,
est investi par le conseil des grands électeurs
formé des sept grandes familles garmi. Il peut
être révoqué. Il est soumis à des rites
d'initiation et doit s'inspirer d'une éthique
fondée sur le respect de tous. Après son
intronisation, un dignitaire lui présente les
habitants de chaque région du royaume.
Les intérêts de la classe servile sont
défendus par le grand Farba, commandant des
troupes, lui même captif. Trois gouverneurs de
province, représentent les gens de castes.
Dans cette société matrilinéaire, les
linguères, mère ou soeur du damel, ont une
influence politique et sociale.
| |

Le Kayor
|
| |
| |
| |
| |
Faidherbe et le projet de
ligne télégraphique
Le Damel Biraïma Ngoné Latyr, frère de
Lat Dior doit affronter en 1856 une crise
politique et une guerre civile
désastreuse pour le Kayor.
Quelques années plus tard, les marabouts
du Ndiambour, partisans d'un régime
théocratique fondé sur les pratiques de
l'islam lui manifestent une vive
hostilité.
Le gouverneur Faidherbe profite de cette
instabilité : il défend le damel
Biraïma et lui demande l'autorisation
d'établir à travers le royaume une
ligne télégraphique reliant Saint Louis
à Gorée, accompagnée d'une route et de
trois caravansérails pour assurer
protection et sécurité des voyageurs.
Le Damel refuse puis accepte en 1859
espérant que la France aidera sa famille
après sa mort. Biraïma meurt l'année
suivante avant l'exécution de l'accord.
Faidherbe et le damel Macodou
Plusieurs prétendants font acte de
candidature auprès des grands
électeurs. Faidherbe soutient certains
d'entre eux. Parmi les quatre
prétendants, Lat Dior et Macodou
écrivent à Faidherbe et s'engagent à
signer l'accord sur la ligne
télégraphique. Faidherbe reste neutre.
Macodou Coumba Yandé Mbarrou est élu.
Le nouveau Damel déclare alors l'accord
caduc.Faidherbe mène contre lui
plusieurs expéditions. A la bataille de
Diaty en 1861, Macodou résiste face aux
français. Mais un mois plus tard à la
bataille de Kouré le damel malgré
l'héroïsme de ses tyeddos,est
impuissant devant les canons et autres
armes modernes. Ses généraux se sont
montrés réticents au combat, car
Macodou qui appartient par sa mère à la
famille des Guélawar du Sine Saloum
n'est pas considéré comme un vrai damel
issu du Kayor, son mérite seul le fait
accepter.
Vaincu, Macodou s'enfuit auprès de son
fils, jeune bour du Saloum. Faidherbe
obtient la province du Ndiander, les
salines de Gandiole et une bande de dix
kilomètres de large le long de la plage
sur l'itinéraire Saint-Louis-Dakar. La
liaison entre les deux villes est
assurée.
Faidherbe destitue Macodou et
soudoie les grands électeurs qui
élisent Madiodio favorable aux
Français, en 1861. Une colonne
expéditionnaire assiste à
l'intronisation du nouveau damel à
Mboul, capitale du Kayor.
Faidherbe peut croire que la conquête du
Kayor est au moins virtuellement
achevée.
Madiodio, un damel éphémére
1861-1862
Madiodio Déguéne Codou, homme faible ne
peut lutter contre ses adversaires. Lat
Dior, jeune prétendant au trône, frère
utérin de feu Biraïma, s'oppose
énergiquement à la nomination de
Madiodio dévoué à Faidherbe.
Il suscite des mouvements favorables à
la résistance face aux Français et
engage l'épreuve de force contre le
damel. Madiodio écrasé à Coki en 1861,
s'enfuit, cependant grâce à l'appui de
Jaureguiberry qui remplace Faidherbe en
voyage en France, il parvient à
reprendre le pouvoir. Mais il a perdu son
autorité et son prestige et Lat Dior le
chasse à nouveau l'année suivante
|
|
| |
| |
 |
| |
|
| La lutte ouverte
entre Lat Dior et Faidherbe 1863-1865 |
| |
| |
Lat
Dior une des grandes figures de
l'histoire du Sénégal
Lat Dior reste présent dans la mémoire
populaire. Son nom a été donné à
Dakar au camp principal de l'armée
sénégalaise. Deux pièces de théâtre
évoquent sa mémoire. Les artisans qui
fondent le bronze à la cire perdue le
représentent très souvent chevauchant
son célèbre cheval Maalow. Les peintres
sur verre prennent comme thème de leurs
fixés ses diverses batailles.
|
| |
| |
| |
| Ses origines
|
Sa personnalité |
| |
Il naît vers
1842 à Keur Amadou Yalla, au
Nord Est du Kayor, Sokhna Mbaye
Diop et de la linguère Ngone
Latyr Fall. Il appartient à la noblesse
garmi de la famille des
Guedj, descendant
de Gueddo Get l'ancètre des Diop
qui était lui même un Ndiaye
parent de Ndyadyan Ndiaye,
fondateur du Ndiaye Waalo et du
Djolof. Ndiaydyan Niaye avait
donné en apanage à Geddo Get,
la principauté du Guet au Nord
du Kayor. Lat Dior Ngoné
Latyr Diop fait suivre
son prénom du nom de sa mère
comme tous les damels.
|
Lat
Dior est connu par la tradition
orale. A ses nombreuses qualités
telles que le courage,
l'attachement au sol natal, le
sens de l'honneur (le jom des
Wolofs), la fiertée la
dignité s'ajoutent un sens
marqué de la diplomatie et des
dons de stratège. Il sait faire
manoeuvrer ses troupes tendre des
embuscades,utiliser le terrain à
merveille et pratiquer une habile
guerilla. |
|
| |
| Lat
Dior et les tyeddos |
Sa force repose sur les tyeddos,
captifs de la couronne, quelques
milliers d'hommes, grands buveurs
d'alcool, volontiers pillards,
détestés par les paysans et les
marabouts, mais aussi et surtout
guerriers d'élite, courageux
ayant le sens de l'honneur, très
attachés à l'animisme.
Pour le petits fils de Lat Dior,
Amadou Bamba Diop, "les
tyeddos préférent demeurer
esclaves, car finalement plus
puissants que les hommes libres ;
ils disposent de la vie des
damels et ils peuvent épouser
leurs filles. En fait ils
appartenaient au damel mais le
damel leur appartenait". Les
tyeddos occupent une position
très élevée. En 1883 lorsque
le damel Samba Laobé Fall signe
un traité de protectorat avec la
France, l'accord est contresigné
par six captifs de la couronne.
|
 Guerriers,
tyeddos, cheveux tressés,
amulettes, colliers, bracelets
d'argent.
|
|
| |
| |
 Un
tyeddo dessin à l'encre de
chine.
|
Soutenu
par Demba Waar Sall, chef des
captifs de la couronne,
Lat Dior se soumet aux rites de
l'initiation et de
l'intronisation des damels pour
remplacer Madiodio. Mais plus
tard la conversion de Lat Dior à
l'islam, le problème du
transfert de la capitale
entrainent une rupture
entre le damel et les tyeddos
animistes restés fidèles à
Demba Waar Sall. Cette rupture
joue un rôle important dans
l'échec final de Lat Dior.
|
|
Les préparatifs de
guerre
Lat Dior envoie des émissaires dans
toutes les directions, vers le Waalo, le
Trarza, le Baol pour demander de l'aide
dans la lutte contre les Français, pour
affranchir le Kayor et reprendre les
provinces annexées.
Au Kayor les populations qui refusent de
se rallier à lui sont pillées ce qui
pousse les victimes à demander l'aide de
la France.
Jaureguiberry qui ne dispose que de
faibles moyens, veut éviter les
opérations militaires et préfére
temporiser. Il craint que les bonnes
relations de Lat Dior avec les souverains
voisins ne suscitent des soulévements en
cas d'échec.
Faidherbe de retour à Saint-Louis en
1863, décide de chasser Lat Dior pour
rétablir Madiodio.
La victoire de Lat
Dior à Ngolgol
Deux colonnes françaises entrent au
Kayor. Lat Dior se réfugie au Baol.
Madiodio rétabli sur le trône cède à
la France le Ndiambour, le Mbawar et le
Sagnokhor ; un poste fortifié et
construit Nguiguis près de Mékhé.
Lat Dior regroupe ses forces, revient au
Guet et se dirige vers Nguiguis. Madiodio
demande l'aide de la France.
La bataille s'engage à Ngolgol au sud de
Mékhé, tôt dans la matinée, le 30
décembre 1863. Lat Dior au courant des
mouvements des troupes adverses leur tend
une embuscade. L'armée
française et celle de Madiodio sont
encerclées et battues.
C'est la première victoire de Lat Dior
sur les Français. Madiodio
qui perd les trois quart de ses effectifs
s'enfuit avec l'aide des spahis.
Conséquences de
la bataille de Ngolgol
Lat Dior essaie de rallier à sa cause
les souverains voisins dans une alliance
offensive et défensive contre Faidherbe.
Il expédie au Djolof, au Trarza, au
Baol, au Sine des trophées enlevées à
Ngolgol, preuves de la vulnérabilité
des Français. Pour Faidherbe,
Lat Dior devient l'homme à abattre.

Pinet
Laprade
|
La
stratégie de guerre de Lat Dior
et de Pinet Laprade
Faidherbe concentre ses troupes
à Nguiguis et charge le
lieutenant colonel Pinet Laprade
de rétablir la situation. Lat
Dior envoie sa famille et ses
biens au Baol et se dirige vers
le Nord de la province du Guet
pour essayer de rallier le
Ndiambour musulman et de là
espérer l'aide du Trarza et du
Waalo. Pinet Laprade ruine ses
projets d'alliance. Il marche
contre le Baol avec 3 000
guerriers dont des volontaires
des territoires annexés et pille
les villages des partisans de Lat
Dior. Lat Dior cherche à
se faire poursuivre sans
engagement pour épuiser les
Français. Pinet Laprade laisse
ses guerriers détruire
systématiquement les villages
partisans de Lat Dior, qui se
décide alors au combat.
|
|
La défaite de Lat Dior
à Loro
Lat Dior concentre ses troupes sur un
plateau protégé par des haies. Dans un
vallon sont blottis ses fantassins, la
mousqueterie, les 1 200 cavaliers sont
sur les ailes. Pinet Laprade se trouve à
la tête d'une colonne de 1 000 hommes de
troupe et de 3000 volontaires. Les
cavaliers de Lat Dior doivent bousculer
les volontaires de Pinet-Laprade, les
rejeter sur les troupes régulières pour
semer la confusion.
Mais Pinet Laprade dispose d'une
artillerie et au bout de plusieurs heures
Lat Dior qui a perdu 500 hommes doit
lever le camp le 16 janvier 1864 malgré
l'esprit de sacrifice et le patriotisme
de ses troupes. Pinet Laprade laisse sur
le terrain un capitaine, 23 soldats et 26
volontaires.
Les sabres et les fusils ne
peuvent lutter contre les canons.
L'annexion du
Kayor
Pinet Laprade avec ce qui reste de sa
colonne victorieuse défile à Ngolgol,
sur les lieux mêmes où les Français
avaient été battus. Madiodio
est remis sur le trône puis révoqué
quelques mois plus tard pour incapacité.
Le Kayor annexé en 1865 est
divisé en cantons confiés à des chefs
collaborateurs de Faidherbe.
Lat Dior pénétre au Saloum puis au Sine
pour demander l'asile politique
au bour Coumba Ndoffene, ce dernier
travaillé par Pinet Laprade lui impose
des conditions draconiennes.
Mais l'autorité française ne peut être
solidement établie avec la présence de
Lat Dior, la France fait pression
sur les souverains voisins pour le
chasser.
|
| |
 |
| |
| |
| L'exil de Lat Dior
1865-1869 |
| |
L'hospitalité du
marabout du Rip Maba
Maba Diakhou Ba marabout du Rip, devenu
maître du Saloum avec le titre d'almamy
donne l'asile politique à Lat
Dior mais l'amène à se convertir à
l'islam. Un certain nombre de tyeddos
l'abandonne. Maba, disciple d'El
Hadj Omar fonde la ville de Nioro du Rip
et applique son programme :
"protéger les cultivateurs,
substituer la justice à l'arbitraire des
tyeddos, imposer l'islam à tous les
infidèles de la Sénégambie".
Les pourpalers entre Français et Anglais
pour une entente dans la lutte contre
Maba et Lat Dior échouent. Les Anglais
auraient voulu obtenir le Gabon en
échange de la Gambie.
La
bataille du Rip

|
Maba cherche à
nouer des alliances avec la Fouta
Toro et le Trarza. Lat
Dior et Maba marchent sur le
Sine, le Baol et le Djolof. Pinet
Laprade décide de détruire dans
le Rip, les bases de
ravitaillement de Maba
et regroupe ses forces à Kaolack
: 2 000 chevaliers, 4 000
fantassins, renforcés par des
volontaires du Waalo, du
Ndiambour et de Ndiander soit
quelques 1 000 fantassins et 500
cavaliers. Une sanglante bataille
a lieu entre les deux
belligérants le 30 novembre
1865. Pinet Laprade subit de
nombreuses pertes mais reste
maître du terrain, un mois plus
tard, Pinet Laprade quitte le
Rip. Maba meurt en 1867, dans une
bataille contre les troupes du
bour Sine. |
|
| |
 |
| |
| Le
retour au Kayor: Lat Dior damel |
| |
Le Kayor est
éprouvé par une invasion de
sauterelles, le choléra, la guerre et la
famine, les partisans de Lat Dior en
rejettent la responsabilité sur ceux qui
ont accepté l'annexion du royaume.
Pour calmer les esprits et ramener la
confiance des populations, Pinet Laprade
céde à Lat Dior le canton du Guet.
La victoire de Lat
Dior et de Cheikhou Ahmadou à Mékhé
Lat Dior qui ne peut se contenter d'une
telle portion congrue a pour objectif la
libération de tout le Kayor. Il s'allie
à Cheikhou Ahmadou, marabout du
Fouta Toro, adversaire de la France,
qui prèche la guerre sainte.
Pendant que la France envoie une colonne
attaquer le village du marabout, les
partisans de celui-ci pénétrent dans le
Kayor et attaquent Coki.
Les Français réagissent en envoyant 500
fantassins et 2000 volontaires qui
affrontent à Mékhé les troupes
réunies pour la première fois de Lat
Dior et de Cheikhou Ahmadou. Les
Français sont battus le 3
juillet 1869.
Sans avoir eu le temps de reprendre la
situation en main, Pinet Laprade meurt la
même année en août victime du
choléra.
Après la victoire de Mékhé, Lat Dior
se rapproche dès septembre de Louga. Une
nouvelle colonne française quitte Saint
Louis à sa rencontre. Les combats sont
violents, Lat Dior lance 7 000 hommes à
l'assaut des troupes coloniales mais
devant le grand nombre de tués et de
blessés il se retire.
Lat Dior mène des opérations de pillage
dans les provinces qui lui sont hostiles,
ou restées fidèles à la France comme
le Ndiander, le Sagnokhor.
Lat Dior, damel du
Kayor 1871-1882
Devant le déséquilibre des forces, au
profit de Lat Dior, le gouverneur, le
colonel Valière le reconnaît comme damel
du Kayor le 12 janvier 1871,
sans le Ndiander et les salines du
Gandiole. De 1870 à 1879, après sa
défaite contre l'Allemagne, la France
traverse une période de relâchement
colonial.
Lat Dior attaque le Baol, allié de la
France, après une dure bataille, le
Baol est annexé au Kayor en 1874.
Le marabout Cheikhou Ahmadou se rend
maître du Djolof et détrone le bourba.
Ses relations avec Lat Dior s'étant
détériorées du fait de son accession
sur le trône, Cheikhou Ahmadou
envahit et pille le Kayor,
inflige des pertes au damel et le
repousse jusqu'à Gandiole.

Brière de l'Isle a
effectué une partie de sa
carrière en Asie
|
Le
colonel Brière de l'Isle,
gouverneur soutient Lat
Dior contre Cheikhou Ahmadou
qui est battu à Boundou en
janvier 1875, après un dur
combat. La France et Lat
Dior gardent des relations
amicales jusqu'en 1879. |
|
| |
La
question du transfert de la capitale Fall
à prendre le pouvoir
Lat Dior veut transférer la capitale du
Kayor de Mboul à Keur Amadou Yalla. Ses tyeddos,
les captifs de la couronne, refusent
le transfert et invitent son neveu Samba
Laobe. L'intervention de Brière
de l'Isle rétablit le calme et Mboul
reste capitale du Kayor.
La question du
chemin de fer
Lat Dior affaibli, Brière de l'Isle avec
la participation du Saint Louisien Bou el
Mogdad, proche collaborateur de
Faidherbe, en profite pour lui faire signer
en 1879, une convention par laquelle le
damel autorise la construction du chemin
de fer Dakar-Saint-Louis ; la
cession gratuite des terres et la
fourniture de la main d'oeuvre
nécessaire. Les deux parties s'engagent
à démilitariser cette zone.
A la fin du XIXe siècle, la traite de
l'arachide tournée vers le Sud et le
port de Dakar créé en 1857, l'emportent
sur la traite de la gomme tournée vers
le Fleuve et Saint-Louis.
En 1880, Lat Dior fait volte
face, se rendant compte que la ligne de
chemin de fer affaiblirait son autorité.
Il déclare que le premier coup
de pioche serait considéré comme une
déclaration de guerre et interdit à ses
sujets la culture de l'arachide pour
empêcher les Français de rester au
Sénégal.
Lat Dior et Samba Laobe Fall, devenu son
adjoint, transférent les populations se
trouvant sur le tracé de la voie, plus
à l'Est. Le damel cherche à entraîner
le Djolof, le Trarza et le Fouta contre
les Français.
Le gouverneur Servatius, dépéche contre
lui un corps expéditionnaire dirigé par
le colonel Wendling. Lat Dior
quitte le Kayor en 1882 et se réfugie au
Baol.
|
| |
 |
| |
| La fin
de Lat Dior et du Kayor indépendant |
| |
La
destitution de Lat Dior
Servatius intronise un nouveau
damel, Amadi Ngoné Fall qui reconnait le
traité signé par Lat Dior sur le chemin
de fer. Le Kayor amputé du
Ndiambour devient un royaume protégé
par la France.
Pourtant Lat Dior réapparait au Kayor.
La France dépêche contre lui le
commandant Dodds qui doit affronter son
neveu Samba Laobe Fall, vaincu en mai
1883.
Quelques mois plus tard, le damel
contesté par la population est remplacé
par Samba Laobe Fall. La ligne
ferroviaire se construit, elle est
inaugurée en juillet 1885.
Le conflit entre
Samba Laobe Fall et Alboury Ndiaye
Au Djolof, Alboury Ndiaye pratique une
politique hostile à la France. Il donne
asile à Lat Dior. De nombreux nobles
quittent le Kayor pour le rejoindre. A la
suite d'une querelle entre Samba Laobe
Fall et Alboury Ndiaye, le damel soutenu
par le gouverneur décide de faire la
guerre au bourba. L'armée de Samba Laobe
est battue le 6 juin 1886.
Alboury s'apprête à envahir le Kayor,
mais l'approche des semailles et le
manque de moyens militaires obligent le
gouverneur à un compromis entre les deux
belligérants. Samba Laobe s'engage à
payer à son adversaire, 20 000 francs de
dommages de guerre.
L'incident de
Tivaouane et ses conséquences
N'ayant pas cette somme, Samba Laobe se
rend à Tivaouane, centre commercial,
pour mettre à contribution les
commerçants français.
Suite à leur plainte, un escadron de
spahis, dépêché à Tivaouane pour une
mission de conciliation se trouve face au
damel entouré de ses guerriers.
La discussion dégénère, un combat
s'engage au cours duquel Samba
Laobe Fall est tué le 6 octobre 1886.
Le titre de damel est supprimé, le Kayor
divisé en six provinces dont la
présidence est confiée à l'ancien chef
des captifs de la couronne que Lat Dior
avait destitué, Demba Waar Sall et ses
frères.
La bataille fatale
de Dyaqlé le 25 octobre 1886
Les nouveaux chefs du Kayor savent qu'ils
ne pourront régner que si Lat Dior
quitte définitivement le royaume. Ils
obtiennent son expulsion.
Pour l'honneur, Lat Dior
mobilise 300 guerriers et marche contre
les troupes de Demba Waar Sall et les
spahis.
Avant l'engagement il déclare à ses
épouses et à ses proches compagnons
"Ici dans le Kayor et le Baol j'ai
eu toutes les gloires, tous les honneurs
et tous les plaisirs. J'ai aussi
éprouvé toutes les amertumes.
Aujourd'hui avant que le soleil ne se
couche je serai mort après que mon sang
se sera répandu sur cette terre de mes
aïeux".
"je ferai ma prière du soir avec
Maba, mon seigneur" (Maba mort en
1867)
DYAQLE
Tragique bataille où Lat Dior affronte
ses adversaires traditionnels, les
français, mais aussi terrible lutte
fraticide contre Demba Waar Sall et les
siens, passés à l'ennemi.
Selon la tradition orale et
la version des griots de la famille Sall,
Demba Waar aurait crié à son ancien
maître d'oter le gris-gris qui le
rendait invulnérable car un damel vaincu
ne pouvait affronter ses sujets, il lui
fallait périr avec ses soldats. Lat Dior
enleva le gris-gris et tomba à la tête
de ses troupes tué par une balle tirée
par Demba Waar.
Selon "le moniteur du
Sénégal" du 28 octobre 1886 :
"le combat qui se déroula vers midi
fut d'une violence et d'une âpreté
telles qu'on en voit rarement pendant une
guerre, les adversaires se fusillaient de
si près que leurs vêtements étaient
brûlés par la poudre.
Après avoir anéanti le tiers des
effectifs de spahis, Lat Dior tomba à
son tour avec ses deux enfants et 78 de
ses meilleurs guerriers".
Sa mort reste mystérieuse. Pour son
petit fils interrogé en 1963 "la
tombe d'un damel doit rester secrète,
c'est la tradition".
L'impossible défi
Contre les français disposant d'un
armement supérieur (artillerie), de
soldats nombreux, jouant sur les
rivalités entre les royaumes et les
hommes, Lat Dior avec réalisme et
souplesse a utilisé tous les
moyens de lutte (alliance
défensive et offensive avec ses voisins,
exil quand trop affaibli, conversion à
l'islam, renversement d'alliance avec
l'adversaire quand la France est en
difficulté après 1870, affrontement
direct sur les champs de bataille..) dans
un combat perdu d'avance mais toujours
recommencé pour un Kayor libre et
indépendant.
A contre courant de l'impérialisme
européen Lat Dior succombe car il
s'oppose à la traite des arachides, à
la construction du chemin de fer, parce
qu'il est en conflit grave avec les
esclaves de la couronne et leur chef
Semba Waar Sall. Il s'est aliéné les
tyeddos sans pour autant semble-t-il
gagner l'appui du peuple lors des
perpétuelles opérations militaires.
Lat Dior devenu musulman a entraîné la
conversion de Wolofs du Kayor. Le
damel disparaît, le Kayor demeure, les
Wolof restent mais le tournant est pris
ils sont en masse devenus musulmans.
Le Kayor est annexé, toute la région
comprise entre le Fleuve et la Gambie
devient colonie française. Situation
inacceptable pour un damel doté d'un
sens aigu de l'honneur comme Lat Dior. Ne
pouvant supporter la dure réalité de la
colonisation il préfére le sacrifice
suprême au cours d'une ultime bataille,
d'autres résistants comme le souverain
du Djolof Alboury Ndiaye, ami de Lat
Dior, choisissent l'exil.
|
| |
 |
|
|