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Lat Dior, Le Kayor, l'impossible defi



Lat Dior N'Gomé Latir Diop

REFRAIN:

Nous disons non! Ngoné Latir (bis)
Nous disons non! A la peur qui fait fuir.
Nous disons oui! Ngoné Latir (bis)
Nous disons oui! A l'appel de l'honneur.

I -
Pour toi, 0 Sénégal,
Pays de lumière,
Nous poussons comme les grands palmiers verts.
Nos anciens depuis les tendresses noires,
Ont tracé droit le chemin
Et forgé notre destin.
Ref. Nous disons non! ...

II -
Pour toi, 0 Sénégal,
Tel Lat Dior Ngoné Latir,
Tendant nos jeunes coeurs vers ton soleil,
Oui! s'il nous le fallait
Demain nous offririons notre souffle,
Pour te défendre; 0 notre Patrie!
Ref. Nous disons non! ...

III -
Pour toi, 0 Sénégal,
Pour toi notre Pays,
Sommes toujours unis dans l'action
Dans les champs tout comme dans les usines,
A la ville et au village,
Nous travaillons dans la joie
Pour que vive le Sénégal!
Ref. Nous disons non!.

LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR

 

 

 

 

 
 
L'ingérence de Faidherbe dans la politique de Kayor
 
La résistance de Lat Dior se situe dans le cadre de la pénétration européenne en Afrique occidentale. Au Sénégal, après El Hadj Omar Tall, Lat Dior est le principal adversaire de l'implantation française
Après la conquête du Waalo en 1855 Faidherbe veut faire du Fleuve l'axe de pénétration vers l'intérieur du continent (axe ouest-est). L'échec d'El Hadj Omar devant Médine donne à la France la maîtrise du Fleuve. Le Waalo sert de base aux ambitions de Faidherbe qui veut réaliser la jonction Saint-Louis Gorée-Dakar (axe nord-sud) à travers le Kayor. Il affronte alors un nouvel adversaire, Lat Dior, damel de ce royaume.

L'organisation du Kayor

L'organisation politique et sociale de Kayor est sensiblement comparable à celle du Waalo. Les deux royaumes Wolof font partie jusqu'au XVIe siècle de l'empire Djolof.
Bien que hiérarchisée en différents groupes, nobles (garmi), "bourgeois" (diambur), paysans (badolos), gens de caste, et esclaves, la société possède différents organes de consultation, d'expression et de décision qui permettent une régulation sociale et une participation au pouvoir de l'ensemble de la population.
Le Damel, souverain animiste, est investi par le conseil des grands électeurs formé des sept grandes familles garmi. Il peut être révoqué. Il est soumis à des rites d'initiation et doit s'inspirer d'une éthique fondée sur le respect de tous. Après son intronisation, un dignitaire lui présente les habitants de chaque région du royaume.
Les intérêts de la classe servile sont défendus par le grand Farba, commandant des troupes, lui même captif. Trois gouverneurs de province, représentent les gens de castes.
Dans cette société matrilinéaire, les linguères, mère ou soeur du damel, ont une influence politique et sociale.
 

Le Kayor

 
 
 
 
Faidherbe et le projet de ligne télégraphique

Le Damel Biraïma Ngoné Latyr, frère de Lat Dior doit affronter en 1856 une crise politique et une guerre civile désastreuse pour le Kayor.
Quelques années plus tard, les marabouts du Ndiambour, partisans d'un régime théocratique fondé sur les pratiques de l'islam lui manifestent une vive hostilité.
Le gouverneur Faidherbe profite de cette instabilité : il défend le damel Biraïma et lui demande l'autorisation d'établir à travers le royaume une ligne télégraphique reliant Saint Louis à Gorée, accompagnée d'une route et de trois caravansérails pour assurer protection et sécurité des voyageurs.
Le Damel refuse puis accepte en 1859 espérant que la France aidera sa famille après sa mort. Biraïma meurt l'année suivante avant l'exécution de l'accord.

Faidherbe et le damel Macodou

Plusieurs prétendants font acte de candidature auprès des grands électeurs. Faidherbe soutient certains d'entre eux. Parmi les quatre prétendants, Lat Dior et Macodou écrivent à Faidherbe et s'engagent à signer l'accord sur la ligne télégraphique. Faidherbe reste neutre. Macodou Coumba Yandé Mbarrou est élu.
Le nouveau Damel déclare alors l'accord caduc.Faidherbe mène contre lui plusieurs expéditions. A la bataille de Diaty en 1861, Macodou résiste face aux français. Mais un mois plus tard à la bataille de Kouré le damel malgré l'héroïsme de ses tyeddos,est impuissant devant les canons et autres armes modernes. Ses généraux se sont montrés réticents au combat, car Macodou qui appartient par sa mère à la famille des Guélawar du Sine Saloum n'est pas considéré comme un vrai damel issu du Kayor, son mérite seul le fait accepter.
Vaincu, Macodou s'enfuit auprès de son fils, jeune bour du Saloum. Faidherbe obtient la province du Ndiander, les salines de Gandiole et une bande de dix kilomètres de large le long de la plage sur l'itinéraire Saint-Louis-Dakar. La liaison entre les deux villes est assurée.
Faidherbe destitue Macodou et soudoie les grands électeurs qui élisent Madiodio favorable aux Français, en 1861. Une colonne expéditionnaire assiste à l'intronisation du nouveau damel à Mboul, capitale du Kayor.
Faidherbe peut croire que la conquête du Kayor est au moins virtuellement achevée.

Madiodio, un damel éphémére 1861-1862

Madiodio Déguéne Codou, homme faible ne peut lutter contre ses adversaires. Lat Dior, jeune prétendant au trône, frère utérin de feu Biraïma, s'oppose énergiquement à la nomination de Madiodio dévoué à Faidherbe.
Il suscite des mouvements favorables à la résistance face aux Français et engage l'épreuve de force contre le damel. Madiodio écrasé à Coki en 1861, s'enfuit, cependant grâce à l'appui de Jaureguiberry qui remplace Faidherbe en voyage en France, il parvient à reprendre le pouvoir. Mais il a perdu son autorité et son prestige et Lat Dior le chasse à nouveau l'année suivante
 
 
 
 
La lutte ouverte entre Lat Dior et Faidherbe 1863-1865
 
 
Lat Dior une des grandes figures de l'histoire du Sénégal

Lat Dior reste présent dans la mémoire populaire. Son nom a été donné à Dakar au camp principal de l'armée sénégalaise. Deux pièces de théâtre évoquent sa mémoire. Les artisans qui fondent le bronze à la cire perdue le représentent très souvent chevauchant son célèbre cheval Maalow. Les peintres sur verre prennent comme thème de leurs fixés ses diverses batailles.


Lat Dior et son cheval blanc,
à la 1ère foire internationale
de Dakar en 1975.

Peintures sur verre, les batailles de Lat Dior.

 
 
 
Ses origines Sa personnalité
 
Il naît vers 1842 à Keur Amadou Yalla, au Nord Est du Kayor, Sokhna Mbaye Diop et de la linguère Ngone Latyr Fall. Il appartient à la noblesse garmi de la famille des Guedj, descendant
de Gueddo Get l'ancètre des Diop qui était lui même un Ndiaye parent de Ndyadyan Ndiaye, fondateur du Ndiaye Waalo et du Djolof. Ndiaydyan Niaye avait donné en apanage à Geddo Get, la principauté du Guet au Nord du Kayor. Lat Dior Ngoné Latyr Diop fait suivre son prénom du nom de sa mère comme tous les damels.
Lat Dior est connu par la tradition orale. A ses nombreuses qualités telles que le courage, l'attachement au sol natal, le sens de l'honneur (le jom des Wolofs), la fiertée la dignité s'ajoutent un sens marqué de la diplomatie et des dons de stratège. Il sait faire manoeuvrer ses troupes tendre des embuscades,utiliser le terrain à merveille et pratiquer une habile guerilla.
 
Lat Dior et les tyeddos


Sa force repose sur les tyeddos, captifs de la couronne, quelques milliers d'hommes, grands buveurs d'alcool, volontiers pillards, détestés par les paysans et les marabouts, mais aussi et surtout guerriers d'élite, courageux ayant le sens de l'honneur, très attachés à l'animisme.
Pour le petits fils de Lat Dior, Amadou Bamba Diop, "les tyeddos préférent demeurer esclaves, car finalement plus puissants que les hommes libres ; ils disposent de la vie des damels et ils peuvent épouser leurs filles. En fait ils appartenaient au damel mais le damel leur appartenait". Les tyeddos occupent une position très élevée. En 1883 lorsque le damel Samba Laobé Fall signe un traité de protectorat avec la France, l'accord est contresigné par six captifs de la couronne.

Guerriers, tyeddos, cheveux tressés, amulettes, colliers, bracelets d'argent.

 
 

Un tyeddo dessin à l'encre de chine.

Soutenu par Demba Waar Sall, chef des captifs de la couronne, Lat Dior se soumet aux rites de l'initiation et de l'intronisation des damels pour remplacer Madiodio. Mais plus tard la conversion de Lat Dior à l'islam, le problème du transfert de la capitale entrainent une rupture entre le damel et les tyeddos animistes restés fidèles à Demba Waar Sall. Cette rupture joue un rôle important dans l'échec final de Lat Dior.
Les préparatifs de guerre

Lat Dior envoie des émissaires dans toutes les directions, vers le Waalo, le Trarza, le Baol pour demander de l'aide dans la lutte contre les Français, pour affranchir le Kayor et reprendre les provinces annexées.
Au Kayor les populations qui refusent de se rallier à lui sont pillées ce qui pousse les victimes à demander l'aide de la France.
Jaureguiberry qui ne dispose que de faibles moyens, veut éviter les opérations militaires et préfére temporiser. Il craint que les bonnes relations de Lat Dior avec les souverains voisins ne suscitent des soulévements en cas d'échec.
Faidherbe de retour à Saint-Louis en 1863, décide de chasser Lat Dior pour rétablir Madiodio.


La victoire de Lat Dior à Ngolgol


Deux colonnes françaises entrent au Kayor. Lat Dior se réfugie au Baol. Madiodio rétabli sur le trône cède à la France le Ndiambour, le Mbawar et le Sagnokhor ; un poste fortifié et construit Nguiguis près de Mékhé.
Lat Dior regroupe ses forces, revient au Guet et se dirige vers Nguiguis. Madiodio demande l'aide de la France.
La bataille s'engage à Ngolgol au sud de Mékhé, tôt dans la matinée, le 30 décembre 1863. Lat Dior au courant des mouvements des troupes adverses leur tend une embuscade. L'armée française et celle de Madiodio sont encerclées et battues.
C'est la première victoire de Lat Dior sur les Français. Madiodio qui perd les trois quart de ses effectifs s'enfuit avec l'aide des spahis.


Conséquences de la bataille de Ngolgol


Lat Dior essaie de rallier à sa cause les souverains voisins dans une alliance offensive et défensive contre Faidherbe. Il expédie au Djolof, au Trarza, au Baol, au Sine des trophées enlevées à Ngolgol, preuves de la vulnérabilité des Français. Pour Faidherbe, Lat Dior devient l'homme à abattre.

Pinet Laprade

La stratégie de guerre de Lat Dior et de Pinet Laprade

Faidherbe concentre ses troupes à Nguiguis et charge le lieutenant colonel Pinet Laprade de rétablir la situation. Lat Dior envoie sa famille et ses biens au Baol et se dirige vers le Nord de la province du Guet pour essayer de rallier le Ndiambour musulman et de là espérer l'aide du Trarza et du Waalo. Pinet Laprade ruine ses projets d'alliance. Il marche contre le Baol avec 3 000 guerriers dont des volontaires des territoires annexés et pille les villages des partisans de Lat Dior. Lat Dior cherche à se faire poursuivre sans engagement pour épuiser les Français. Pinet Laprade laisse ses guerriers détruire systématiquement les villages partisans de Lat Dior, qui se décide alors au combat.
La défaite de Lat Dior à Loro

Lat Dior concentre ses troupes sur un plateau protégé par des haies. Dans un vallon sont blottis ses fantassins, la mousqueterie, les 1 200 cavaliers sont sur les ailes. Pinet Laprade se trouve à la tête d'une colonne de 1 000 hommes de troupe et de 3000 volontaires. Les cavaliers de Lat Dior doivent bousculer les volontaires de Pinet-Laprade, les rejeter sur les troupes régulières pour semer la confusion.
Mais Pinet Laprade dispose d'une artillerie et au bout de plusieurs heures Lat Dior qui a perdu 500 hommes doit lever le camp le 16 janvier 1864 malgré l'esprit de sacrifice et le patriotisme de ses troupes. Pinet Laprade laisse sur le terrain un capitaine, 23 soldats et 26 volontaires.
Les sabres et les fusils ne peuvent lutter contre les canons.

L'annexion du Kayor

Pinet Laprade avec ce qui reste de sa colonne victorieuse défile à Ngolgol, sur les lieux mêmes où les Français avaient été battus. Madiodio est remis sur le trône puis révoqué quelques mois plus tard pour incapacité. Le Kayor annexé en 1865 est divisé en cantons confiés à des chefs collaborateurs de Faidherbe.
Lat Dior pénétre au Saloum puis au Sine pour demander l'asile politique au bour Coumba Ndoffene, ce dernier travaillé par Pinet Laprade lui impose des conditions draconiennes.
Mais l'autorité française ne peut être solidement établie avec la présence de Lat Dior, la France fait pression sur les souverains voisins pour le chasser.
 
 
 
L'exil de Lat Dior 1865-1869
 
L'hospitalité du marabout du Rip Maba

Maba Diakhou Ba marabout du Rip, devenu maître du Saloum avec le titre d'almamy donne l'asile politique à Lat Dior mais l'amène à se convertir à l'islam. Un certain nombre de tyeddos l'abandonne. Maba, disciple d'El Hadj Omar fonde la ville de Nioro du Rip et applique son programme : "protéger les cultivateurs, substituer la justice à l'arbitraire des tyeddos, imposer l'islam à tous les infidèles de la Sénégambie".
Les pourpalers entre Français et Anglais pour une entente dans la lutte contre Maba et Lat Dior échouent. Les Anglais auraient voulu obtenir le Gabon en échange de la Gambie.

La bataille du Rip

Maba cherche à nouer des alliances avec la Fouta Toro et le Trarza. Lat Dior et Maba marchent sur le Sine, le Baol et le Djolof. Pinet Laprade décide de détruire dans le Rip, les bases de ravitaillement de Maba et regroupe ses forces à Kaolack : 2 000 chevaliers, 4 000 fantassins, renforcés par des volontaires du Waalo, du Ndiambour et de Ndiander soit quelques 1 000 fantassins et 500 cavaliers. Une sanglante bataille a lieu entre les deux belligérants le 30 novembre 1865. Pinet Laprade subit de nombreuses pertes mais reste maître du terrain, un mois plus tard, Pinet Laprade quitte le Rip. Maba meurt en 1867, dans une bataille contre les troupes du bour Sine.
 

 

 
Le retour au Kayor: Lat Dior damel
 
Le Kayor est éprouvé par une invasion de sauterelles, le choléra, la guerre et la famine, les partisans de Lat Dior en rejettent la responsabilité sur ceux qui ont accepté l'annexion du royaume.
Pour calmer les esprits et ramener la confiance des populations, Pinet Laprade céde à Lat Dior le canton du Guet.


La victoire de Lat Dior et de Cheikhou Ahmadou à Mékhé

Lat Dior qui ne peut se contenter d'une telle portion congrue a pour objectif la libération de tout le Kayor. Il s'allie à Cheikhou Ahmadou, marabout du Fouta Toro, adversaire de la France, qui prèche la guerre sainte.
Pendant que la France envoie une colonne attaquer le village du marabout, les partisans de celui-ci pénétrent dans le Kayor et attaquent Coki.
Les Français réagissent en envoyant 500 fantassins et 2000 volontaires qui affrontent à Mékhé les troupes réunies pour la première fois de Lat Dior et de Cheikhou Ahmadou. Les Français sont battus le 3 juillet 1869.
Sans avoir eu le temps de reprendre la situation en main, Pinet Laprade meurt la même année en août victime du choléra.
Après la victoire de Mékhé, Lat Dior se rapproche dès septembre de Louga. Une nouvelle colonne française quitte Saint Louis à sa rencontre. Les combats sont violents, Lat Dior lance 7 000 hommes à l'assaut des troupes coloniales mais devant le grand nombre de tués et de blessés il se retire.
Lat Dior mène des opérations de pillage dans les provinces qui lui sont hostiles, ou restées fidèles à la France comme le Ndiander, le Sagnokhor.

Lat Dior, damel du Kayor 1871-1882

Devant le déséquilibre des forces, au profit de Lat Dior, le gouverneur, le colonel Valière le reconnaît comme damel du Kayor le 12 janvier 1871, sans le Ndiander et les salines du Gandiole. De 1870 à 1879, après sa défaite contre l'Allemagne, la France traverse une période de relâchement colonial.
Lat Dior attaque le Baol, allié de la France, après une dure bataille, le Baol est annexé au Kayor en 1874.
Le marabout Cheikhou Ahmadou se rend maître du Djolof et détrone le bourba. Ses relations avec Lat Dior s'étant détériorées du fait de son accession sur le trône, Cheikhou Ahmadou envahit et pille le Kayor, inflige des pertes au damel et le repousse jusqu'à Gandiole.

Brière de l'Isle a effectué une partie de sa carrière en Asie

Le colonel Brière de l'Isle, gouverneur soutient Lat Dior contre Cheikhou Ahmadou qui est battu à Boundou en janvier 1875, après un dur combat. La France et Lat Dior gardent des relations amicales jusqu'en 1879.
 
La question du transfert de la capitale Fall à prendre le pouvoir

Lat Dior veut transférer la capitale du Kayor de Mboul à Keur Amadou Yalla. Ses tyeddos, les captifs de la couronne, refusent le transfert et invitent son neveu Samba Laobe. L'intervention de Brière de l'Isle rétablit le calme et Mboul reste capitale du Kayor.

La question du chemin de fer

Lat Dior affaibli, Brière de l'Isle avec la participation du Saint Louisien Bou el Mogdad, proche collaborateur de Faidherbe, en profite pour lui faire signer en 1879, une convention par laquelle le damel autorise la construction du chemin de fer Dakar-Saint-Louis ; la cession gratuite des terres et la fourniture de la main d'oeuvre nécessaire. Les deux parties s'engagent à démilitariser cette zone.
A la fin du XIXe siècle, la traite de l'arachide tournée vers le Sud et le port de Dakar créé en 1857, l'emportent sur la traite de la gomme tournée vers le Fleuve et Saint-Louis.
En 1880, Lat Dior fait volte face, se rendant compte que la ligne de chemin de fer affaiblirait son autorité. Il déclare que le premier coup de pioche serait considéré comme une déclaration de guerre et interdit à ses sujets la culture de l'arachide pour empêcher les Français de rester au Sénégal.
Lat Dior et Samba Laobe Fall, devenu son adjoint, transférent les populations se trouvant sur le tracé de la voie, plus à l'Est. Le damel cherche à entraîner le Djolof, le Trarza et le Fouta contre les Français.
Le gouverneur Servatius, dépéche contre lui un corps expéditionnaire dirigé par le colonel Wendling. Lat Dior quitte le Kayor en 1882 et se réfugie au Baol.
 

 

 
La fin de Lat Dior et du Kayor indépendant
 
La destitution de Lat Dior

Servatius intronise un nouveau damel, Amadi Ngoné Fall qui reconnait le traité signé par Lat Dior sur le chemin de fer. Le Kayor amputé du Ndiambour devient un royaume protégé par la France.
Pourtant Lat Dior réapparait au Kayor. La France dépêche contre lui le commandant Dodds qui doit affronter son neveu Samba Laobe Fall, vaincu en mai 1883.
Quelques mois plus tard, le damel contesté par la population est remplacé par Samba Laobe Fall. La ligne ferroviaire se construit, elle est inaugurée en juillet 1885.

Le conflit entre Samba Laobe Fall et Alboury Ndiaye

Au Djolof, Alboury Ndiaye pratique une politique hostile à la France. Il donne asile à Lat Dior. De nombreux nobles quittent le Kayor pour le rejoindre. A la suite d'une querelle entre Samba Laobe Fall et Alboury Ndiaye, le damel soutenu par le gouverneur décide de faire la guerre au bourba. L'armée de Samba Laobe est battue le 6 juin 1886.
Alboury s'apprête à envahir le Kayor, mais l'approche des semailles et le manque de moyens militaires obligent le gouverneur à un compromis entre les deux belligérants. Samba Laobe s'engage à payer à son adversaire, 20 000 francs de dommages de guerre.

L'incident de Tivaouane et ses conséquences

N'ayant pas cette somme, Samba Laobe se rend à Tivaouane, centre commercial, pour mettre à contribution les commerçants français.
Suite à leur plainte, un escadron de spahis, dépêché à Tivaouane pour une mission de conciliation se trouve face au damel entouré de ses guerriers.
La discussion dégénère, un combat s'engage au cours duquel Samba Laobe Fall est tué le 6 octobre 1886.
Le titre de damel est supprimé, le Kayor divisé en six provinces dont la présidence est confiée à l'ancien chef des captifs de la couronne que Lat Dior avait destitué, Demba Waar Sall et ses frères.

La bataille fatale de Dyaqlé le 25 octobre 1886

Les nouveaux chefs du Kayor savent qu'ils ne pourront régner que si Lat Dior quitte définitivement le royaume. Ils obtiennent son expulsion.
Pour l'honneur, Lat Dior mobilise 300 guerriers et marche contre les troupes de Demba Waar Sall et les spahis.
Avant l'engagement il déclare à ses épouses et à ses proches compagnons "Ici dans le Kayor et le Baol j'ai eu toutes les gloires, tous les honneurs et tous les plaisirs. J'ai aussi éprouvé toutes les amertumes. Aujourd'hui avant que le soleil ne se couche je serai mort après que mon sang se sera répandu sur cette terre de mes aïeux".
"je ferai ma prière du soir avec Maba, mon seigneur" (Maba mort en 1867)
DYAQLE

Tragique bataille où Lat Dior affronte ses adversaires traditionnels, les français, mais aussi terrible lutte fraticide contre Demba Waar Sall et les siens, passés à l'ennemi.

Selon la tradition orale et la version des griots de la famille Sall, Demba Waar aurait crié à son ancien maître d'oter le gris-gris qui le rendait invulnérable car un damel vaincu ne pouvait affronter ses sujets, il lui fallait périr avec ses soldats. Lat Dior enleva le gris-gris et tomba à la tête de ses troupes tué par une balle tirée par Demba Waar.

Selon "le moniteur du Sénégal" du 28 octobre 1886 : "le combat qui se déroula vers midi fut d'une violence et d'une âpreté telles qu'on en voit rarement pendant une guerre, les adversaires se fusillaient de si près que leurs vêtements étaient brûlés par la poudre.
Après avoir anéanti le tiers des effectifs de spahis, Lat Dior tomba à son tour avec ses deux enfants et 78 de ses meilleurs guerriers".

Sa mort reste mystérieuse. Pour son petit fils interrogé en 1963 "la tombe d'un damel doit rester secrète, c'est la tradition".

L'impossible défi

Contre les français disposant d'un armement supérieur (artillerie), de soldats nombreux, jouant sur les rivalités entre les royaumes et les hommes, Lat Dior avec réalisme et souplesse a utilisé tous les moyens de lutte (alliance défensive et offensive avec ses voisins, exil quand trop affaibli, conversion à l'islam, renversement d'alliance avec l'adversaire quand la France est en difficulté après 1870, affrontement direct sur les champs de bataille..) dans un combat perdu d'avance mais toujours recommencé pour un Kayor libre et indépendant.
A contre courant de l'impérialisme européen Lat Dior succombe car il s'oppose à la traite des arachides, à la construction du chemin de fer, parce qu'il est en conflit grave avec les esclaves de la couronne et leur chef Semba Waar Sall. Il s'est aliéné les tyeddos sans pour autant semble-t-il gagner l'appui du peuple lors des perpétuelles opérations militaires.
Lat Dior devenu musulman a entraîné la conversion de Wolofs du Kayor. Le damel disparaît, le Kayor demeure, les Wolof restent mais le tournant est pris ils sont en masse devenus musulmans.
Le Kayor est annexé, toute la région comprise entre le Fleuve et la Gambie devient colonie française. Situation inacceptable pour un damel doté d'un sens aigu de l'honneur comme Lat Dior. Ne pouvant supporter la dure réalité de la colonisation il préfére le sacrifice suprême au cours d'une ultime bataille, d'autres résistants comme le souverain du Djolof Alboury Ndiaye, ami de Lat Dior, choisissent l'exil.