Fédération du Mali:Sénégal-Dahomey-Hte-Volta | Fédération du Mali,Sénégal et Soudan | De Gaulle à St-Louis et à Dakar | Proclamation et rupture. |


La fédération du Mali


 

               Quatre Etats autonomes d'Afrique occidentale, le Dahomey, la Haute Volta, le Soudan et le Sénégal s'unissent et donnent naissance à la Fédération du Mali en Janvier 1959.
Quelques mois plus tard, la Fédération du Mali devenue indépendante le 20 juin 1960, se limite au Soudan et au Sénégal.
Dans la nuit du 19 au 20 août 1960, c'est la rupture entre ces deux Etats.

 

 

 

 

 

 

Création de la Fédération du Mali: Sénégal, Soudan, Dahomey, Haute Volta en janv. 1959.

 

  • Discours d'ouverture de Lamine Gueye à l'Assemblée Fédérale Constituante.

  • Allocution de Mahamane Haïdara Alassane, chef de la délégation du Soudan.

  • Allocution de Maurice Yaméogo, président de l'Assemblée Constituante de Haute Volta

  • Allocution de Léopold Sedar Senghor, chef de la délégation du Sénégal.

  • Déclaration de Léopold Sedar Senghor sur la Fédération du Mali

  • Projet de Constitution Fédérale

  • Ouverture de la Fédération ou prémices d'une rupture

 


Les quatre Etats de la Fédération du Mali.


L'Assemblée Fédérale Constituante de la Fédération du Mali qui regroupe quatre territoires autonomes, membres de la Communauté, se réunit pour la première fois à Dakar dans la salle du Grand Conseil, le 14 janvier 1959; quarante quatre délégués représenrent les quatre territoires.

Me. Lamine Gueye sénateur-maire de Dakar et son collègue M. Modibo Keita, député-maire de Bamako, élu président de l'Assemblée Constituante Fédérale.

"Notre réunion, dans cette salle des délibérations du Grand Conseil est un acte de foi dans le destin d'une Afrique forte de l'union de tous ses enfants sans discrimination d'aucune sorte.

C'est aussi un sujet de méditation à l'adresse de ceux qui, dans des déclarations diffusées avec un empressement digne d'un meilleur objet, ont cru pouvoir établir une relation de cause à effet entre la disparition envisagée du Grand Conseil dans sa forme actuelle et l'effondrement de l'unité africaine…

Le Grand Conseil va évidemment faire place à une assemblée nouvelle dont il nous appartient de définir la structure, les attributions, les règles de fonctionnement, de même que tous les autres organes de la Fédération.

Pour l'instant, il ne me paraît pas inopportun de rappeler que, c'est par un décret du 16 juin 1895 que les territoires de l'AOF ont été groupés en Fédération ; que pendant plus de soixante ans, cette fédération a été placée sous l'autorité d'un haut fonctionnaire qui a tout d'abord porté le titre de Gouverneur général, puis de haut-commissaire de la République, que son budget établi par lui et les gouverneurs des territoires assistés des hauts fonctionnaires du Gouvernement général n'a été soumis au contrôle des élus qu'après l'entrée en vigueur de la loi du 2 août 1947 que j'ai eu le grand honneur de rapporter au Palais Bourbon.

Les Africains peuvent considérer, par contre et en l'absence de tout complexe, qu'après avoir, depuis la Libération, assuré la gestion correcte de leurs divers budgets sur le plan municipal et

territorial, aussi bien que la Fédération ; participé aux activités des Conseils de gouvernement et des Assemblées politiques de la Métropole et de nombreux organismes de caractère international avec les mêmes attributions et responsabilités que leurs autres partenaires, ils ont le droit de se prévaloir de l'expérience et de la qualification ainsi acquises pour affronter les lourdes tâches qui désormais leur sont dévolues dans le cadre de la Constitution qu'ils se sont librement donnée...

Pour cela, indique-t-on, il faut mettre à l'épreuve la sincérité des Etats membres en exigeant de chacun d'eux la signature d'un accord particulier avec la France et l'engagement de demeurer inconditionnellement à ses côtés dans la Communauté ...

Quant à exiger l'engagement d'y demeurer quelles que soient les circonstances nouvelles qui pourraient survenir et de s'interdire en quelque sorte pour l'éternité toutes possibilités d'accès à l'indépendance, le moins qu'on en puisse dire, c'est qu'une telle exigence va bien au-delà de la Constitution du 5 octobre 1958 dont l'article 86 règle les conditions dans lesquelles un membre de la Communauté peut devenir indépendant tandis que l'article 88 prévoit expressément la conclusion d'accords d'association entre la République ou la Communauté et les Etats qui n'en font pas partie

Mais des problèmes susceptibles de se poser dans l'avenir ne doivent pas nous faire oublier celui qui, à nos yeux, les domine tous et qu'il nous faut résoudre préalablement à tout autre: l'Unité Africaine.."

 

 

  • Allocution  de Mahamane Haïdara Alassane, chef de la délégation du Soudan.

Haïdara Alassane, président de l'Assemblée Constituante du Soudan.


"Le 28 septembre 1958, les peuples d'Outre-Mer, en adoptant la Constitution, ont accédé à la libre gestion de leurs propres affaires dans le cadre d'une Association égalitaire et fraternelle avec le peuple de France. Les institutions de la Communauté, telles qu'elles résultent de la Constitution du 5 octobre, ont une structure dynamique qui constitue pour nous un gage de viabilité. C'est pourquoi nous entendons qu'elles soient appliquées dans le même esprit, afin de permettre aux peuples associés de poursuivre leur évolution démocratique. C'est au nom de la solidarité des peuples et en particulier des peuples d'expression française, que nous avons estimé que l'affirmation de la personnalité africaine ne pouvait trouver présentement de meilleur cadre pour son évolution harmonieuse qu'au sein de la Communauté.

Suivant les termes du Président Modibo Keita : "Une Union fraternelle des Peuples d'Afrique et de France ? Oui, assurément, mais d'abord l'union fraternelle des diverses populations du Cap-Vert au Lac Tchad, du Sahara au Golfe de Bénin, intimement liées par leur situation géographique, leur culture et leur économie...

Certains prétendent que le principe de la Fédération Africaine contient le germe de sécession, d'éclatement de la Communauté. Ne sont-ils pas imprégnés, ceux-là, de cette idée ancienne de la domination par la division ? Pour nous, qui nous refusions d'admettre que l'on puisse bâtir une vraie communauté au nom de tels principes périmés, nous affirmons au contraire, hautement, que la Communauté ne tirera sa force interne, sa puissance externe que de la force de ses composantes. La faiblesse, la division systématique des associés de la France ne peuvent qu'aliéner la prospérité de l'ensemble…

C'est également pourquoi l'on doit se convaincre qu'une Communauté composée d'une multitude de petits Etats se verrait rapidement balayée par des courants profonds qui parcourent la terre d'Afrique.

La Communauté ne doit pas être une fin en soi, mais un ferment de l'évolution de nos peuples assoiffés de liberté et de justice..

C'est le problème qui se pose à nous aujourd'hui, car l'essentiel de notre tâche a été accompli à la Conférence de Bamako, le 30 décembre 1958, lorsque, solennellement, les délégués du Gouvernement de la République du Dahomey, de la République Soudanaise, de l'Etat du Sénégal ainsi que la délégation spéciale du Gouvernement de la République de Haute-Volta, ont solennellement proclamé leur ferme détermination d'établir, sans plus tarder, les bases d'une Fédération ouverte à tous les Etats d'Afrique occidentale, membres de la Communauté, qui manifesteraient la volonté d'y adhérer..."

 

  • Extrait de l'allocution de Maurice Yaméogo, président de l'Assemblée Constituante de Haute Volta

 

Maurice Yaméogo,chef de la délégation de Haute Volta.

"L'Assemblée Constituante de la Haute-Volta a tellement fait parler d'elle à l'occasion de l'institution de la Fédération, que je vais me dispenser de vous faire un discours. Il suffit de remarquer la présence massive des Députés de Haute-Volta dans cette salle pour savoir que tous les chantages qui ont pu être faits autour de notre position sont désormais bannis.

Notre plus grand souci - et c'est ce qui a provoqué d'ailleurs une équivoque dans l'esprit des uns et des autres - c'est de faire en sorte que, dans une unité aussi importante, les intérêts de chaque Etat soient clairement définis et sauvegardés.

D'autre part, et c'est là encore notre grand souci, nous avons pensé qu'il était nécessaire que tout le monde mette tout en oeuvre pour que les Etats qui ne sont pas présentement représentés dans cette salle viennent le plus tôt possible se joindre à nous, afin que l'unité africaine soit une réalité au regard du monde…"

  • Extraits de l'allocution de Léopold Sédar Senghor, chef de la délégation du Sénégal.


"Si les parlementaires du Sénégal ont dénoncé, en son temps, la balkanisation organisée par la Loi-Cadre dans ses décrets d'application, ce n'est pas qu'ils fussent contre l'autonomie des anciens Territoires, devenus Etats, tout au contraire, car nous avons soutenu, jusqu'au bout, le rapport Apithy.

Nous pensions seulement, nous continuons de penser, que la Fédération est le moyen le plus efficace de garantir et de renforcer la personnalité des Etats autonomes. Tout comme à un autre niveau, la personne humaine ne s'épanouit que dans et par la société...

La Fédération présente, à côté de cet avantage général, un autre avantage non négligeable. En abolissant les frontières entre les Etats de l'Afrique Occidentale de langue française, en faisant des liens au lieu de fossés infranchissables, en brassant les populations, les cultures et les idées, la Fédération aplanit, du même coup, les obstacles qui bouchent notre avenir : le tribalisme et les préjugés de caste, de classe, de religion, dont le colonialisme a fait ses instruments préférés.

Des Etats d'Afrique, aujourd'hui désunis, la Fédération fera un seul peuple avec une seule culture, rénovée par la culture française, un seul peuple, animé de la même foi et tendu vers le même but, qui est la réalisation de sa personnalité collective.

La Communauté n'y perdra rien. La Communauté sera équilibrée et forte, parce que composée d'Etats solides et prospères, ou elle ne sera pas. Si elle ne veut mourir aussitôt que née, comme feue l'Union Française, elle doit marcher dans le sens de l'histoire, c'est-à-dire se transformer, peu à peu, par le jeu des transferts de compétences prévus par l'article 78 de la Constitution, en "Commonwealth à la Française".

Nous faisons confiance à l'homme du 18 juin, qui a le sens de l'Histoire, pour nous comprendre, pour réaliser ce haut idéal d'humanité.. .

Pour en revenir à notre Fédération, nous voulons affirmer solennellement ceci. A notre avis, elle doit être une véritable Fédération, avec compétences fédérales, assemblée fédérale et gouvernement fédéral, étant entendu que dans les limites de sa compétence chaque Etat fédéral est souverain...

Ainsi seulement, par une politique active de solidarité, nous établirons, entre les Etats fédérés, une égalité réelle. Ainsi seulement nous accroîtrons, d'année en année, le revenu fédéral. Ainsi seulement nous créerons une nouvelle culture ouest-africaine digne de ce nom. Ainsi seulement nous réaliserons notre but commun et unique: faire de l'homme de notre Fédération un homme plus homme".


Les délégués de la Fédération du Mali élisent Modibo Keita (Soudan) comme président de l'Assemblée Constituante Fédérale et Alexandre Adande ( Dahomey ), Maurice Yaméogo ( Haute Volta ) et Louis Guillabert ( Sénégal ) comme vices présidents.

Louis Guillabert, Saint-Louisien de famille métisse.

  • Déclaration de Léopold Sédar Senghor, concernant la Fédération du Mali.

"je suis très heureux de la conclusion des débats, puisque les travaux de la Constituante Fédérale ont battu le record de la brièveté et de l'unanimité. Ces résultats ont dépassé les espoirs des plus optimistes, dont j'étais. Je m'attendais pourtant au succès de nos travaux.

A l'occasion des débats sur les décrets d'applications de la loi-cadre, nous avions, mon ami Mamadou Dia et moi, mis en garde le Gouvernement d'alors et le Parlement contre les conséquences de la balkanisation de l'AOF. Nous leur disions en substance : "Diviser les Africains c'est créer une mystique de l'unité qui, avant longtemps, balaiera tous les obstacles". C'est ce qui est arrivé et c'est un bien. Si la division est un malheur pour l'Europe, elle ne l'est pas moins pour l'Afrique.

Notre Fédération à quatre, naturellement, n'est qu'un commencement. Je suis persuade que les autres Etats viendront à la Fédération parce que celle-ci est dans le sens de l'Histoire. C'est être réaliste que de favoriser la Fédération : les idées-force s'imposent par la force de leur vérité.

Naturellement, le Sénégal qui s'est toujours battu pour la Fédération n'a pas été le dernier Etat à fêter la victoire. Si nous sommes pour la Fédération, c'est d'abord pour des raisons économiques, encore que, contrairement à l'opinion courante, nous soyons aujourd'hui le Territoire le plus riche. Notre budget est de près de quinze milliards de francs CFA. C'est le budget le plus important.

Mais c'est surtout pour des raisons politiques que nous sommes fédéralistes. Il y a longtemps que nous avons transcendé les querelles tribales et religieuses parce que initiés à la politique moderne.

"Notre Fédération à Quatre n'est qu'un commencement"


Depuis quelque cent cinquante ans, nous avons mûri depuis longtemps en nous l'idée de l'unité africaine".

"Nous avons expliqué à satiété les raisons pour lesquelles cette affirmation était le contraire de la vérité. C'est l'isolement qui pousse à la sécession.

Vous n'ignorez pas que la guerre froide est déjà Installée en Afrique et que toutes sortes de pressions, non africaines. s'y exercent dans un sens centrifuge ?

La Fédération, en nous rendant plus riches et plus forts, nous aide à résister à ces courants centrifuges.

En nous permettant d'épanouir notre personnalité africaine la Fédération nous aide à nous débarrasser du complexe d'infériorité qui s'était introduit en nous avec la domination coloniale. C'est parce que nous nous sentirons les égaux, les partenaires de la Métropole, que nous nous sentirons chez nous dans la Métropole.

C'est la prison qui donne envie de s'évader - et le faible se sent toujours prisonnier - non la maison familiale".

 

LE PROJET

DE CONSTITUTION

approuvé unanimement par

FEDERALE

L'Assemblée Constituante Fédérale sur rapport de Me Doudou Thiam.

 

Quelques uns des 20 articles de la Constitution Fédérale du Mali.

Article premier. - Les Etats du Dahomey, de la Haute-Volta, du Sénégal et du Soudan constituent une Fédération qui prend le nom de :

"Fédération du Mali".

La langue officielle de la Fédération du Mali est: le Français . La devise de la Fédération est:

"Un peuple, un but, une foi".

Le drapeau de la Fédération qui est aussi celui des Etats fédérés est composé de trois bandes verticales et égales de couleur vertes, or et rouge. Il porte en noir, sur la bande or, l'idéogramme de l'homme, les bras levés vers le ciel.

Le siège des Institutions de la Fédération est Dakar. Il pourra être transféré en tout autre lieu de la Fédération par une loi fédérale.

Une loi fédérale déterminera le choix du sceau et de l'hymne de la Fédération.

Article 2. - Les institutions de la Fédération sont

- le Gouvernement fédéral,

- l'Assemblée fédérale,

- l'Autorité judiciaire.

Il est créé une Cour fédérale ayant valeur d'une Institution d'Etat.

Article 3. - Le pouvoir exécutif de la Fédération appartient au Chef de Gouvernement fédéral ; il l'exerce en Conseil des Ministres dans les cas prévus par la présente Constitution.

Article 5. - Les ministres fédéraux constituent le Gouvernement fédéral, chargé de la gestion des services fédéraux et responsables devant l'Assemblée fédérale. Le chef du Gouvernement préside le Conseil des Ministres.

Article 6. -Le Président du Gouvernement est pressenti parle bureau de l'Assemblée législative fédérale. Il est investi par un vote au scrutin public à la tribune à la majorité absolue des membres composant l'Assemblée.

Article 7. - Le Chef du Gouvernement fédéral choisit et nomme ses ministres, au sein ou en dehors de l'Assemblée fédérale, à raison de deux par Etat.

Article 8. - Le Chef du Gouvernement fédéral dispose de l'administration et des forces de sécurité fédérales. Il nomme à tous les emplois de la Fédération.

Article 9. - Le Gouvernement fédéral est responsable devant l'Assemblée législative fédérale. Le Chef du Gouvernement fédéral peut décider, en Conseil des Ministres, de poser la question de confiance.

La confiance est refusée au scrutin publie, à la majorité absolue des membres composant l'Assemblée.

Article 12. - Après accord avec les organes de la Communauté, et dans la limite de ces accords, la Fédération peut se faire représenter dans toutes les instances internationales.

Article 16. - Les Lois et Réglements fédéraux sont exécutoires dans les Etats fédérés. Les actes réglementaires du Gouvernement fédéral ne peuvent contrevenir aux dispositions de la loi fédérale, ni à la réglementation des Etats, dans les domaines qui sont de leur compétence.

Ouverture de la Fédération ou prémices d'une rupture.

Affrontements entre fédéralistes et anti-fédéralistes.

Hammadou Dicko, sécrétaire général du parti soudanais R.D.A. prend position contre la fédération du Mali.

Le président du Conseil du Dahomey Apithy exprime son désaccord au sujet de la constitution de la Fédération du Mali qu'il considère nuisible pour son pays.

Réticence d'Houphouet Boigny, qui ne croit ni à la durée, ni à l'éfficacité de la Fédération.

Défaillance de la Haute Volta qui rejoint la Côte d'Ivoire.

 

 

La délégation mauritanienne à son arrivée à Yoff. De gauche à droite : Hamoud Ould Hamadou, Sidi Hamed Lekbib, Sidi El Moktar, Moktar ould Daddah, Cheikh Saad Bouk Kane.

Malgré l'opposition des dirigeants politiques du Dahomey, de la Côte d'Ivoire et de la Haute Volta, les représentants de la Mauritanie veulent établir des rapports étroits avec la Fédération du Mali. De nombreux Voltaïques et Dahoméens adhérent au Parti Fédéraliste Africain.