Communauté et Vème république  |  Premières réactions  |  De Gaulle en Afrique.  |  Référendum et organisation de la communauté.  |



La Communauté.




                     Quels rapports établir entre la France et les Etats d'Afrique noir en 1958 à l'avènement de la Vème république ? Les négociations à Paris entre les hommes politiques africains et français donnent naissance à la Communauté, adoptée par reférendum par douze des treize états d'Afrique noire.






 

 

 


Naissances de la constitution de la Vème république et de la Communauté juillet 1958.


Les ministres d'Etat du gouvernement du général de GAULLE.

Charles de GAULLE, Président du Conseil, ministre de la défense nationale.

Ministres d'Etat

MM. Félix HOUPHOUET-BOIGNY ( RDA-UDSR )
Louis JACQUINOT ( Indep.)
Guy MOLLET ( S.F.I.O. )
Pierre PFLIMLIN ( M.R.P. )

Félix Houphouet-Boigny, ministre d'Etat.

Un comité ministériel et un comité consultatif constitutionnel se réunissent à Paris en juillet 1958 pour élaborer une nouvelle constitution et discuter de la nature des liens entre la métropole et les territoires d'Outre-Mer.

Les hommes politiques africains sont présents à Paris.

Senghor est Lenormand pour le P.R.A., Philippe Yacé et Lisette pour le R.D.A. remettent au général de GAULLE un texte, après s'être réunis au Palais Bourbon.
Les deux parties demandent que figurent dans la Constitution les dispositions suivantes : l'association des peuples de France et d'Outre-Mer sur la base du droit à l'auto-détermination, au sein d'une république fédérale ou la possibilité de se prononcer pour l'indépendance.

Dans "CARREFOUR"
M. LEOPOLD SENGHOR
dégage les principes qui doivent animer la prochaine constitution

Dans l'hebdomadaire "Carrefour", M. Léopold Senghor, Président du P.R.A., publie un article sur la nouvelle Constitution et les peuples d'Outre-Mer.
"Le vice fondamental de la Constitution de 1946, écrit le député du Sénégal, ne fut ni la confusion des pouvoirs, ni l'instabilité de l'Exécutif, mais le maintien de la "République une et indivisible". Ce sont les guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie qui ont provoqué la mort de la IVe République
"Trois autres réalités caractérisent le XXe siècle, poursuit le leader du P.R.A.: "Une Constitution ne s'impose pas au peuple. Or, les peuples d'Outre-Mer furent pas consultés sur celle de 1946, c'est ensuite l'éveil de la conscience nationale chez les peuples d'Outre-Mer, enfin, l'interdépendance à l'ère de la bombe atomique, de l'avion à réaction, du marché mondial et de la culture de l'universel". Une fois admis ces quatre réalités, M. Senghor dégage les principes qui doivent animer la Constitution de la IVe République.

"1-
Elle doit proclamer l'égalité juridique entre la Métropole et les pays d'Outre-Mer.
"2- Elle doit établir une association ou fédération qui fera de la Métropole et des pays d'Outre-Mer - territoires et départements - des Etats autonomes.
"3- Les peuples ayant le droit de disposer d'eux-mêmes, la Constitution devra proclamer leur droit à l'indépendance.
"4- 'Enfin, les pays d'Outre-Mer doivent participer aux organes de la République Fédérale, c'est-à-dire au gouvernement et aux parlements fédéraux, et non être relégués dans le seul Sénat comme souvent annoncé, car, outre leurs affaires locales, les peuples d'Outre-Mer sont intéressés par les affaires à incidence internationale : Défense, Diplomatie, Enseignement supérieur et Magistrature qui seront de la compétence des autorités fédérales de la République.
"C'est pourquoi, les textes soumis au référendum des peuples d'Outre-Mer devront comprendre, pour le moins, les articles traitant des relations entre la Métropole et les pays d'OutreMer.
Et le président du P.R.A. conclut ainsi son article
"Il est de l'intérêt solidaire de la République Française et des anciens Protectorats, devenus indépendants, de se grouper en une union confédérale des Etats Libres. Il serait temps que la France entendit l'appel amical qui lui est lancé depuis des années d'Indochine et d'Afrique du Nord, il serait temps qu'elle prît l'initiative d'un Commonwealth à la française.
L'indépendance des peuples d'Outre-Mer n'aurait plus alors le sens d'une sécession, mais celle d'une accession à la majorité. L'année 1958 sonne au cadran de l'histoire de France. C'est une chance unique qui lui offre l'occasion d'édifier une puissance mondiale de paix et de progrès".


Léopold Sédar Senghor député du Sénégal et président du P.R.A.

M. Mamadou DIA, député du Sénégal exprime ses craintes au sujet de la Révision constitutionnelle

'Il est important que l'on sache dès maintenant qu'une révision constitutionnelle qui ne romprait pas avec le cadre de 1946, même si elle a la caution des leaders politiques africains, n'établirait pas de liens solides entre la Métropole et l'Outre-Mer. On tourne le dos à la vraie réforme en songeant à distinguer la réforme des institutions métropolitaines de celles d'Outre-Mer.
"A mon avis, c'est mal poser le problème que de parler d'une primauté de la réforme du Pouvoir Central. Le problème est dans la perspective communautaire où nous nous plaçons.

"Je voudrais donc, dès maintenant, que l'on sache qu'aucun Parti africain, n'accepterait sans trahir son programme, une réforme constitutionnelle qui ne se placerait pas tout de suite dans une perspective fédéraliste. Il faut que la prochaine constitution à soumettre au référendum, à l'ensemble des peuples français, soit une constitution fédérale fondée sur légalité juridique, la libre détermination et la reconnaissance du fait national.
"Cela signifie que la France métropolitaine, les territoires et départements d'Outre-Mer, seront, les uns et les autres, des états autonomes entrant sur un pied d'égalité dans une même République fédérale ayant un même Président.

Le comité ministériel examine les différentes possibilités: intégration, fédération, confédération.

 

 

 

 

COMMUNAUTE,

TERME ADOPTE
SUR PROPOSITION
DU DEPUTE TSIRANANA
PRESIDENT DU CONSEIL
DE MADAGASCAR.

 Le comité consultatif constitutionnel, après une longue discussion sur les définitions d'une fédération et d'une confédération propose les appellations de " Communauté " et " Association des Etats libres ".
Il termine ses travaux en adoptant par 30 voix et 6 abstentions un avant projet gouvernemental.
Senghor n'ayant pas assisté à la dernière réunion, ne participe pas au vote. Lamine Gueye s'abstient. Lisette et Tsiranana votent l'avant projet.


Tsiranana.




Projet de Communauté et premières réactions.

 

"La FRANCE ne veut rien imposer, les territoires d'OUTRE-MER choisiront librement entre l'association ou la sècession LE REFERENDUM TRANCHERA"

 

CONSTRUIRE UN ETAT FEDERAL MODERNE SUR LA BASE DE L'ACCEPTATION SPONTANEE DES PEUPLES D'OUTRE-MER ET DE LA FRANCE.

 

Impressions des hommes politiques africains.

Confédération avec possibilité d'indépendance pour certains.

M.SENGHOR refuse le dilemme
Le Général pense peut-être aux réalités africaines mais il méconnait la psychologie africaine. Il dit avoir peur des mots, je crois que c'est vrai. Nous demandons la confédération, il répond : non, fédération ou indépendance. Je ne veux dire rien de plus qui pourrait être mal interprété dans un sens ou dans l'autre. Ce que je dis c'est que je n'accepte pas le dilemme. Si nous sommes en désaccord sur le droit de dissolution de l'Assemblée Nationale, si nous disons non parce que nous estimons que cela regarde la seule Métropole, cela ne veut pas dire que nous optons pour la sécession.

 

Lamine Gueye, ancien ministre, sénateur maire de Dakar déclare :
" Le moment semble venu de nous dire si la France nous laisse tous les choix pour s'associer librement à elle. Notre "oui" n'aura de valeur que si nous pouvons aussi dire "non". Nous voulons aussi que l'Afrique qui souhaite être indépendante n'envisage que l'association avec la France et par la France, le pays de 89, de l'abolition de l'esclavage, de la Conférence de Brazzaville."

Fédération égalitaire avec la France pour le R.D.A.

Satisfaction de Lisette...
"Nous voulions la Fédération, nous l'avons. Nous voulions le droit à l'autodétermination, il est inscrit dans le préambule."

...d'Houphouet-Boigny...

"Je ne crois pas, dit-il, qu'il y aura beaucoup de territoires où le "non majoritaire."


...et de Modibokeita, député maire de Bamako...

 

 

" le Soudan fait confiance au Gouvernement de la République prés dé par le prestigieux Général de Gaulle pour que le projet de constitution jette les bases d'une libre, solide et durable communauté franco-africaine où chaque membre, conscient des réalités de ce siècle d'interdépendance, fera l'abandon volontaire de certaines de ses attributions de sa souveraineté".

" Lorsque nous avons dit que nous voulons dans un cadre d'interdépendance avec la France, participer à la détermination d'une politique commune et à la gestion de nos affaires propres, c'est certainement en fonction des intérêts de l'Afrique que nous avons pris une telle option.
Mais, aussi, la France doit avoir conscience de ses intérêts qui correspondent à la môme formule de communauté, à la formule d'association de pays libres, entre elle et les Territoires d'Outre-mer.
J'ai entendu le commentaire du discours prononcé par le Général De Gaulle, devant la Comité constitutionnel, et je ne vous cacherai pas que j'ai été un peu choqué. Mon amour propre pour la dignité de l'Afrique que j'entends sauvegarder a été choqué. On nous dirait : on peut prendre l'indépendance avec toutes les conséquences, mais je répondrais quant à moi que les conséquences, ne sont pas seulement Africaines, elles peuvent être aussi Françaises."


...Sekou Toure choqué.

 

Les premières oppositions des travailleurs d'Afrique.

UNION TERRITORIALE DES SYNDICATS DU SENEGAL

(U.G.T.A.N.)

- Une seule voie : celle de l'indépendance

MOTION SUR LE REFERENDUM

"Le congrès demande que dans le cadre du référendum, les populations locales ne soient consultées que sur leurs futurs rapports avec la France qui doivent être définis dam le sens de l'indépendance et de la souveraineté du peuple africain".

 

 

LE Ve CONGRES DU SYNDICAT UNIQUE DE L'ENSEIGNEMENT LAIC
(19-7-58 à Thiès)

RESOLUTION sur L'ORIENTATION

... Considérant que le congrès constitutif de l'Union Territoriale du Sénégal tenant compte des aspirations profondes du Peuple africain, de l'élan patriotique qui va grandissant dans les organisations ouvrières et milieux politiques de la jeunesse, s'est prononcé clairement sur la conquête de l'indépendance africaine.

Appelle à la mobilisation de tous les travailleurs dans la lutte de libération nationale et contre toutes réformes institutionnelles, tout statut révisionniste susceptibles de retarder l'échéance de 'accession du Peuple africain à la liberté."

 

UNION SYNDICALE DES TRAVAILLEURS DE
GUINEE
(U.G.T.A.N)
Résolution d'orientation et de politique générale

"Il constate que le système colonialiste impérialiste s'affaiblit de jour en jour ( unification des pays arabes --prise de conscience des peuples sous-développés et dépendants -- événements d'Afrique du Nord -- esprit de Bandoeng centré sur l'Afrique ). Il affirme que cet affaiblissement de l'impérialisme sous la poussée des forces révolutionnaires est une méthode efficace.
" Il en résulte que pour l'efficacité de la lutte syndicale, l'alliance avec toutes les forces révolutionnaires est une impérieuse nécessité. En conséquence, l'U.S.T.G. s'affirme comme centrale syndicale révolutionnaire.

 

De la jeunesse africaine.

CONSEIL DE LA JEUNESSE DU SENEGAL
(Résolution générale)

Le Ve congrés du Conseil de la jeunesse du Sénégal s'est réuni à Saint-Louis du 28 au 30 décembre 1957.
- Il a considéré que l'élan de regroupement qui anime les masses africaines et clairement exprimé par les différents congrés des travailleurs, des partis politiques et des jeunes, s'inscrit dans le cadre du vaste mouvement qui anime de plus en plus les peuples coloniaux dans la lutte pour leur indépendance.
- Il a constaté que la Loi-cadre n'est autre chose que l'expression concrète de la volonté des colonialistes français d'endiguer ce mouvement, afin de perpétuer sa domination sur notre peuple.
- Il appelle tous les jeunes à s'unir dans la lutte aux côtés des travailleurs et des masses populaires, pour le triomphe du mot d'ordre d'indépendance, seul valable dans la conjoncture politique actuelle, pour la paix et le désarmement général.

 

 

RASSEMBLEMENT DES JEUNESSES DEMOCRATIQUES D'AFRIQUE
(Résolution générale)


"Le Ile congrès du R. J. D.A., réuni à Dakar Les 12,13 et 14 juillet 1958, a considéré que rarement dans l'histoire de l'humanité, les événements historiques ne se sont succédé avec autant d'accélération que depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
Le congrès a considéré que cette évolution de la situation sur Le plan international, alliée à l'action des jeunes et des travailleurs, s'est traduite en Afrique Noire par le développement croissant d'un profond sentiment d'unité et de lutte pour l'indépendance nationale.

"Considérant, à la lumière des travaux des congrès des formations politiques africaines, des organisations juvéniles et syndicales, que le mot d'ordre d'indépendance fait son chemin dans les masses africaines, le congrès ratifie avec fierté les décisions de la conférence territoriale de Kaolack et invite les organisations politiques à constituer un front uni autour du mot d'ordre d'indépendance.
"

 

Des partis politiques et Etats africains

 

Le R.D.A.
(Congrès de Bamako s septembre 1957)

"L'indépendance est un droit inaliénable pour les peuples ."
La conférence des partis africains (Paris) proclame : "le droit des peuples coloniaux à l'indépendance".
La conférence des partis sénégalais (Dakar) . "réclame le droit à l'indépendance des peuples coloniaux."
Le congrès de regroupement des partis mauritaniens (Aleg), "il adopte une résolution consacrant la vocation de la Mauritanie à l'indépendance."

 

PARTI AFRICAIN DE L'INDEPENDANCE

revendique l'indépendance nationale
et le socialisme scientifique

CONFERENCE DES ETATS INDEPENDANTS D'AFRIQUE
(Accra, du 15 au 22 avril 1958)

"La conférence des Etats indépendants d'Afrique reconnaissant que l'existence du colonialisme sous quelque forme que ce soit constitue une menace pour la sécurité et l'indépendance des Etats africains et pour la paix mondiale.
1°) Fait appel aux puissances administrantes pour qu'elles respectent la charte des Nations-Unies et à cet égard prennent incessamment les mesures nécessaires pour mettre en application les clauses de la charte et satisfaire les aspirations politiques des populations, c'est-à-dire l'auto-détermination et l'indépendance...
"

 

COMITE EXECUTIF DE L'U.P.S.
DU 13 MAI 1958


"Le Comité Exécutif précise que dans la phase actuelle de l'évolution des peuples d'outre-mer et de la Société française, une seule alternative s'offre dans les perspectives envisagées par le P.R.A.: - ou la coopération dans l'égalité absolue et dans la réciprocité des avantages qu'implique la revendication de l'autonomie interne,
- ou l'indépendance des territoires ou pays d'outre-mer librement associés par la signature de conventions entre le Gouvernement de la France et les exécutifs des territoires ou groupes de territoires fédérés, responsables devant les assemblées démocratiquement élues.
Hors de cette alternative, la seule issue restant aux peuples d'Afrique engagés dans la lutte contre l'impérialisme, la misère et l'humiliation, est l'indépendance totale
".

 

Le premier congrés du P.R.A.(Parti du regroupement Africain) réuni à Cotonou les 25, 26 et 27 juillet 1958, demande l'indépendance immédiate.

 

Djibo Bakary, délégué du Niger, élu sécrétaire général du P.R.A. à la tribune du congrés de Cotonou.

 

Djibo Bakary déclare:
"Si le Congrès ne devait pas nous suivre sur le chemin de l'indépendance, a déclaré notamment M. Djibo Bakary, le Niger marcherait seul vers cet objectif. Si une solution ne pouvait intervenir dans le cadre français, a-t-il ajouté, le Niger envisagerait de se fédérer avec le Nigéria"

 

Le premier Congrés du Parti du REgroupement Africain (P.R.A.), réuni à Cotonou les 25, 26 et 27 juillet 1958:
1°) Du point de vue de la doctrine et des solutions à apporter aux problèmes économiques et sociaux.
OPTE pour un socialisme adapté aux réalités africaines, pour une collectivisation démocratique accélérée de l'agriculture et pour la création d'une économie moderne dynamique en Afrique Noire par les d'un socialisme africain, dans le compromis nécessaire avec des formes non socialistes, dans le réalisme et dans la démocratie au service de masses fondamentalement ouvrières et paysannes.
2-) Du point de vue des rapports entre peuples
CONSIDÉRANT le fait que le Congrès a été dominé par l'aspiration profonde des peuples d'Afrique Noire à l'indépendance nationale.
Considérant le fait que cette aspiration est, aujourd'hui, unanimement exprimée parles masses d'Afrique Noire.
CONSIDÉRANTqu'à la lumière de l'expérience de la Loi-Cadre il est apparu clairement, à tous, que seule l'accession à l'indépendance permettra aux peuples d'Afrique Noire, de rechercher et de trouver les moyens nécessaires à la solution des graves problèmes qui les préoccupent. en particulier, sur le double plan économique et social.
CONSIDÉRANT l'accession à l'indépendance de nombreux pays africains (Ghana, Libéria, Maroc, Tunisie, ex-Soudan anglo-égyptien, Egypte, Libye, Ethiopie) et la lutte que mènent d'autres pays pour leur indépendance.
CONSIDÉRANT que le colonialisme est, aujourd'hui, condamné par les peuples du monde entier parce que contraire à la dignité des peuples et à l'esprit de notre temps. caractérisé par la volonté de paix, de fraternité et d'égalité absolue des peuples du monde.
CONSIDÉRANT que la disparition du colonialisme et la formation d'états indépendants n'exclue pas l'établissement de liens de coopération entre ceux-ci et leurs anciennes métropoles
CONSIDERANT que l'avant-projet de Constitution ne tient pas compte, d'après les communiqués du Gouvernement et les informations de presse, de la volonté des peuples d'Outre-Mer et qu'il a causé une profonde déception en Afrique Noire.
ADOPTE le Mot d'ordre d'indépendance immédiate et décide de prendre toutes les mesures nécessaires pour mobiliser les masses africaines autour de ce mi d'ordre et de traduire dans les faits cette volonté d'indépendance.
OPTE pour la création d'une communauté africaine solide et progressive avant la libre et égalitaire coopération politique avec toute autre communauté.
DEMANDE à la France et à son peuple, de contribuer à faciliter la réunion rapide de la Constituante Nationale d'Afrique Noire, que décident les assises africaines de Cotonou, pour organiser la nation nouvelle, fédération sur la base de l'égalité et d'abandons volontaires de souveraineté des territoires actuels, qui doivent immédiatement et sans délais, être dotés de l'autonomie interne destinée uniquement à la préparation rapide de cette constituante nationale.
PROPOSE la négociation avec la France d'une confédération multinationale des peuples libres et égaux sans pour autant renoncer à la volonté africaine de fédérer en Etats-Unis d'Afrique toutes les anciennes colonies.
CHARGE le Comité directeur de se mettre tout de suite au travail et sans phrases pour faire aboutir cette résolution sur ces points et dans sa totalité. dans les délais les plus brefs.
DECLARE la mobilisation du Parti, de ses militants qu'il engage à entraîner toutes les masses africaines unanimes et toutes les organisations démocratiques d'Afrique dans l'unité libératrice, la condition de la lutte pour la libération nationale, la promotion politique, économique et sociale.
REDONNAIT l'indépendance de tous les peuples opprimés et s'en déclare solidaire contre la domination
et la répression coloniales.
SE DECIDE, en conséquence, à s'opposer à 1'utilisationdes troupes noires dans toute guerre coloniale.
EN APPELLE aux peuples des nations colonisatrices particulièrement au peuple de France.
ENGAGE le peuple de France avec tous les démocrates de France, avec tous les démocrates du monde entier à soutenir, Inconditionnellement, la lutte des peuples qui refusent l'exploitation de l'homme par l'homme.

(Adoptée à l'unanimité et par acclamation de tout le Congrès debout)

Résolution de politique générale du Congrés de Cotonou.

 


De Gaulle en Afrique 21-26 Août 1958.

 

 

 

 

A Madagascar, allocution de Tsiranana, président du conseil du gouvernement.

"Vous êtes ici dans un moment décisif et dangereux de l'Histoire de Madagascar. Je puis vous assurer que vous apportez, au peuple malgache, un immense espoir. Vous avez entrepris une réforme audacieuse qui doit apporter en même temps que l'égalité véritable et la Liberté, une véritable Indépendance".
M- Tsiranana a poursuivi: "En mon nom, comme en celui de mes compatriotes nous vous remercions d'avoir dit que Madagascar bénéficierait d'un Statut particulier. A ce propos nous savons que certaines lois sont devenues caduques et dépassées. Nous vous demandons de bien vouloir veiller que le Statut porte en lui-même l'abrogation de la Loi d'Annexion de 1896".

Sous les applaudissements de la foule, M. Tsiranana poursuit:

"Ceux qui sont venus vous accueillir savent que les heures sont graves. Ils vous donnent l'assurance qu'ils sauront bâtir une Communauté où tous les hommes seront libres et égaux. Notre avenir est en jeu. En vous renouvelant notre grande confiance, nous vous assurons à nouveau celle en un avenir où tous les hommes seront frères et les Etats égaux".

 

Au Moyen Congo, paroles de Barthélémy Bogonda, président du Grand Conseil de l'A.E.F.

Nous sommes convaincus que vous êtes venus aujourd'hui pour achever l'oeuvre entreprise à la conférence de Brazzaville et consacrer définitivement par un engagement solennel une AEF en marche vers son indépendance, mais toujours unie à la France indépendante et immortelle.
Mon Général, vous êtes l'homme de la tempête, vous êtes comme en 1940, l'homme de nos espoirs. Parlez mon Général, parlez, l'AEF attend votre choix, elle attend tout de vous.

 

Extraits du discours du général De GAULLE au stade Félix Eboué à Brazzaville

"Quelles propositions, quel projet va être soumis au choix libre et conscient de tous? C'est celui de la communauté. Ce c'est que la Métropole et les Territoires d'Outre-Mer forment ensemble une communauté dans laquelle, je le répète, chacun aura le gouvernement libre et entier de lui-même, et dans laquelle on mettra en commun un domaine qui, dans l'intérêt de tous, comprendra la défense, l'action extérieure, politique, économique, la direction de la Justice et de l'Enseignement et des communications lointaines. "Cette communauté aura des institutions; un Président de la Communauté, un Conseil Exécutif de la Communauté qui réunira les Chefs de Gouvernement avec les Ministres chargés "Affaires des Communes, et un Sénat de la Communauté, formé par les représentants de tous les Territoires et la Métropole, qui délibérera des affaires communes, enfin une Cour d'arbitrage pour régler sans heurt les litiges qui pourraient se produire.
"Cette Communauté-la, je vais la proposer à tous et à toutes ensemble, où qu'ils soient. On dit: "Nous avons droit à l'indépendance, mais certainement oui. D'ailleurs l'indépendance, quiconque la voudra pourra la prendre aussitôt la Métropole ne s'y opposera pas. "Un territoire déterminé pourra la prendre aussitôt" a répété le Général De Gaulle, s'il vote "non" au référendum du 28 septembre. Et cela signifiera qu'il ne veut pas faire partie de la Communauté proposée et qu'il fait en somme sécession. Cela signifiera qu'il veut poursuivre son chemin lui-même, isolément à ses risques et périls.
La Métropole en tirera la conséquence et je garantis qu'elle ne s'y opposera pas.
"Mais si le corps électoral, dans les territoires africains, vote "oui" au référendum, cela signifiera que par libre détermination, les citoyens ont choisi de constituer la Communauté dont j'ai parlé. Alors cette Communauté sera instituée. On la fera fonctionner. Je suis sûr que ce sera pour le bien de tous.
"Mieux même, à l'intérieur de cette communauté, a ajouté le Général De Gaulle, si quelque territoire au fur et à mesure des jours, se sent, au bout d'un certain temps que je ne précise pas, en mesure d'exercer toutes les prérogatives de l'indépendance, eh bien, il lui appartiendra d'en décider par son Assemblée élue et, si c'est nécessaire ensuite, par le référendum de ses habitants. Après quoi, la communauté en prendra acte et un accord réglera les conditions de transfert entre ce territoire qui prendra son indépendance et suivra sa route, et la Communauté elle-même.
"Je garantis d'avance que, dans ce cas non plus, la Métropole ne s'y opposera pas, mais bien entendu, la Métropole elle aussi gardera à l'intérieur de la Communauté la libre disposition d'elle-même; elle pourra, si elle juge nécessaire, rompre les liens de la Communauté avec tel ou tel territoire, car il ne peut échapper à personne que la Communauté imposera à la Métropole de lourdes charges, et elle en a beaucoup à porter.
"Je souhaite de tout mon coeur qu'elle persévère dans cette Communauté, qu'elle continue à porter ses charges, qu'elle puisse et qu'elle le veuille, mais bien entendu, elle se réservera elle aussi la liberté de ses décisions."

 

Aprés l'enthousiasme de la Côte d'Ivoire, le droit de réserve de la Guinée.

 

Extraits du discours de Sekou Toure à Conakry, président du conseil de Guinée.

"Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l'esclavage. Nous devons connaître les exigences de nos populations pour rechercher les voies les meilleures de leur émancipation totale. Nos exigences doivent être toutes connues pour être discutées. Nous ne renoncerons pas et jamais à notre droit légitime à l'indépendance. Nous serons citoyens de cet Etat africain et membres de la Communauté franco-africaine. Ce besoin d'égalité et de justice, nous le portons d'autant plus en nous que nous fûmes soumis à l'injustice et à l'inégalité.
Nous avons un premier et indiscutable besoin: celui de notre dignité, Or, il n'y a pas de dignité sans liberté.
En raison des progrès actuels de la décolonisation dans le monde, nous affirmons que la force militaire ne peut plus préserver les intérêts et le prestige d'une métropole".

 
Le Général de GAULLE à Dakar - 26 août 1958.
 
CHANGEMENT DE CLIMAT



A leur réveil, hier matin, bien des Dakarois ont trouvé sur le seuil de leur porte, des tracts de l'U.P.S. réclamant sur fond jaune : "Indépendance immédiate, Nation fédérale africaine, Confédération multinationale avec la France, Diotsarev"
L'accueil fait par Dakar au général de Gaulle tranche sur les explosions d'enthousiasme qui ont marqué l'arrivée du Chef du Gouvernement dans les autres capitales africaines.
Dans les milieux officiels, on s'attendait à ce changement de climat, mais les envoyés spéciaux des journaux ont été surpris de voir des manifestants crier frénétiquement "indépendance" et lancer des tracts reprenant ce slogan, principalement sur la partie du parcours qui longe la Médina.
Vivats presque toujours couverts, et spécialement depuis Ouakam par le slogan : ln-dé-pen-dance, etc..

Le Général, accompagné de Me Lamine Guèye, gardait un calme imperturbable. Cette manifestation était organisée par le Comité dit Défense des Libertés démocratiques, qui groupe plusieurs organisations dont l'Union Progressiste Sénégalaise (Section territoriale du P. R.A), des organismes de jeunesse et des syndicats. Tracts et pancartes avaient été distribués en grand nombre parles organisateurs. Les observateurs, qui ne minimisent aucunement l'importante signification de cette démonstration, notent que la concurrence permanente qui oppose les deux grands partis africains, le R. D.A. et le P.R.A., explique pour une large part, la manifestation d'hier matin.

Extrait du "Dakar Matin"
 

Le général de GAULLE avec Seydou Nourou Tall.

Seydou Nourou Tall à l' aéroport de Dakar encadré par Mouhamadoul Habib (à gauche, avec des lunettes nolres),Thlerno MountagaTall, son successeur, Abdoul Aziz Sy, Khalife général des Tijanes, El Hadj lbrahima Diop, Grand Serigne de Dakar.

 

PLACE PROTÊT

LES ALLOCUTIONS PUBLIQUES

 

"C'est avec joie et fierté que la population de Dakar accueille en ce jour le Chef du Gouvernement de la République au terme de son voyage historique à Madagascar et en Afrique Noire. avec, à ses côtés, un grand ami des Africains. M. Bernard Comut-Gentille.
Voyage d'information, certes. mais aussi et surtout, voyage d'amitié qui vous aura permis, mon Général, de constater. comme en 1 944. à BrazzaviIle, la même foi dans la destinée des peuples de France et des populations des Territoires d'outre-Mer et leur volonté de déterminer une association d'états égaux en droits et en devoirs
C'est à un tournant de l'histoire que vous avez été amené sur le sol même de l'Afrique."

Le sénateur-maire évoque ensuite 1940 et le Gouverneur général Eboué, seul et unique Gouverneur général de race noire, 1943 et le retour des libertés démocratiques, 1944 et la conférence de Brazzaville, 1945 et l'accession aux assemblées parlementaires métropolitaines de tous les anciens sujets, la France grand pays de la Démocratie et des Droits de l'Homme. Puis il rappelle les décisions du congrès de Cotonou rappelant qu'un oui n'a de valeur que si on a le droit de répondre non. Ajoutant :

"Votre présence ici, mon Général, lève tous les doutes à cet égard. C'est en toute liberté que le peuple sénégalais se prononcera le 28 septembre

"Honneur au Général de Gaulle !
"Vive la République
"Vive l'amitié franco-africaine !"

Discours de Lamine Gueye.
 

Discours de Valdiodio, ministre de l'intérieur qui représente le président du Conseil.

C'est alors que le Congrès de Cotonou s'est réuni et a défini la doctrine et le programme du Parti du Regroupement Africain auquel appartiennent, je dois le rappeler, tous les Parlementaires du Sénégal, tous les Conseillers de son Assemblée Territoriale, tous les Ministres de son Gouvernement.
Il ne peut donc y avoir aucune hésitation. La politique du Sénégal, clairement définie, s'est fixée trois objectifs qui sont, dans l'ordre où elle veut les atteindre :
- l'Indépendance
- I'Unité africaine
- et la Confédération
C'est dire, et nous ne devons pas nous le dissimuler, que ce que nous avons pu jusqu'ici savoir des avants projets constitutionnels ne nous laisse pas sans inquiétude, ni même sans angoisse, en raison des malentendus qu'ils permettent, et des fausses alternatives qu'ils semblent imposer.
Nous disons Indépendance d'abord, mais en nous fixant ce préalable nous ne faisons qu'interpréter l'aspiration profonde de tous les peuples d'Afrique Noire à la reconnaissance de leur personnalité et de leur existence nationale. L'indépendance est un préalable. Elle n'est pas une fin en soi. Elle n'est pas un idéal en elle-même, mais pour ce qu'elle rend possible. Elle ne véhicule pas une volonté de sécession. Elle ne recèle aucune intention d'isolement ni de repliement sur soi. C'est pourquoi le dilemme Fédération ou sécession nous paraît un faux dilemme et qu'à cet égard notre réponse court le risque de recevoir arbitrairement une interprétation qu'elle n'implique naturellement pas. Je peux, et j'ai même le devoir de déclarer que demain tous les OUI ne comporteront pas une renonciation délibérée à l'indépendance et que tous les NON ne traduiront pas une volonté de rupture complète. Il y a là une possibilité de malentendu, aussi grave dans l'un ou l'autre cas.


Nous disons Indépendance, et nous disons ensuite Unité africaine.
Si l'indépendance que nous voulons n'est pas la sécession, elle n'est pas davantage l'indépendance dans le cadre de chaque territoire, la rupture de toutes les solidarités fédérales existantes, le repliement à l'intérieur de frontières dont nous n'avons jamais cessé de dénoncer le caractère artificiel.
Aussi les avants projets dont nous avons eu connaissance, et qui ne semblent vouloir envisager l'avenir des pays d'Outre-Mer que Territoire par Territoire, comportent-ils un grave danger: celui de briser les unités fédérales d'Afrique occidentale et d'Afrique équatoriale dans l'hypothèse où tous les territoires n'apporteraient pas la même réponse le 28 septembre. Certes ils ont également prévu que les Territoires ainsi dissociés pourraient, parle choix de leurs Assemblées Territoriales, se grouper ou non entre eux en fédérations primaires. Mais commencer par briser l'unité de l'AOF, l'unité de l'AEF, qui aujourd'hui nous paraissent non seulement nécessaires, mais encore insuffisantes, ce serait pour l'Afrique un recul d'un demi siècle alors que tout lui commande d'aller de l'avant.
A cet égard aussi le choix qui nous est proposé n'est donc pas pleinement libre et notre réponse n'aura pas pleinement le sens que vous en attendez.
Ou bien nous voterons selon nos seules convictions au risque de retarder la réalisation de l'unité africaine ou bien nous définirons avec les autres Territoires de la Fédération une position commune, faite de compromis tactiques, et qui laissera dans l'ombre, sans les supprimer les vrais problèmes.
Enfin, au delà de l'indépendance et de l'Unité, le Gouvernement du Sénégal, avec le Congrès de Cotonou, propose la négociation avec la France d'une Confédération multinationale de peuples libres et égaux. Cette solution nous apparaît comme la seule réaliste et la seule durable parce qu'elle est la seule qui tienne compte à la fois du sentiment national des masses africaines, de leur aspiration à l'unité et de leur volonté d'entrer dans le monde moderne au sein d'un ensemble plus vaste encore. C'est pourquoi nous regrettons de voir écarter la Confédération, avec toutes les perspectives d'association qu'elle contenait.
Car avec quel peuple l'Afrique indépendante et unie pourrait - elle plus librement et volontairement s'associer qu'avec le peuple de France qu'elle connaît, et qu'elle aime. Avec lui elle a non seulement des liens d'interdépendance économique et culturels, mais encore tout un passé de souvenirs qui dans le meilleur et le pire sont des souvenirs communs. Avec lui elle partage un idéal de liberté et de dignité humaine, une même conception du progrès et de l'avenir du monde.

 

Discours de Gabriel d'Arboussier président du Grand Conseil de l'A.E.F.

Mon Général



Au terme du périple qui de l'Ile de France vous a conduit à la Grande lie de l'Océan Indien, aux bords majestueux du Congo et qui se termine sur ce promontoire avancé de l'Afrique tendu vers le Monde, j'ai le grand et redoutable honneur au nom du Grand Conseil de l'A.O.F. de vous présenter d'abord nos souhaits les plus déférents et les plus chaleureux de bienvenue pour votre personne, pour la France et pour tout ce qu'elle et vous-même représentez dans le Monde.
M. le Sénateur-Maire de Dakar, M. le Président du Conseil de Gouvernement du Sénégal vous ont dit ce que leurs collectivités pensaient du problème aujourd'hui posé à la fois à la France et aux peuples vivant avec elle.
Le Grand Conseil de l'A.O.F., qui est la représentation des divers territoires que la géographie et l'histoire ont aujourd'hui assemblés, dont la mission essentielle est de concilier les intérêts d'entités aujourd'hui existantes mais dont nul n'a le droit de prévoir la cristallisation dans leurs formes actuelles, le Grand Conseil dont le rôle dans la gestion du patrimoine commun s'est trouvé confronté avec les réalités qui ne pardonnent aucune erreur de doctrine, pense que la vie a créé entre ces entités territoriales une perméabilité due aux nécessités économiques et également à une sorte de logique interne qui a toujours poussé les masses humaines vivant dans ce continent à surmonter les divisions de toutes sortes qui firent au long des siècles leur malheur et permirent une certaine stagnation dans leur destinée.
Nous savons quelle inquiétude a pu susciter dans l'opinion publique métropolitaine, cette aspiration maintes fois exprimée par notre Assemblée de voir préserver la cohésion qui s'était établie entre nos Territoires sans doute sous une forme autoritaire dont le corollaire fut une concentration excessive des pouvoirs de gestion, mais nous pensons que l'autonomie de gestion territoriale peut parfaitement s'exercer dans le cadre d'une fédération primaire. Des notions naguère encore sujettes à discussion telles que l'autonomie et l'indépendance sont aujourd'hui clairement définies. Le Grand Conseil pense pour sa part que ces problèmes ne souffrent plus de discussions après votre discours de Brazzaville, après l'option ouverte immédiatement et à tous moments à toute entité participant à la Communauté de choisir sa séparation d'avec cette Communauté. Nul ne peut contester la reconnaissance de portée historique de ce droit à l'indépendance pour tous les peuples vivant aujourd'hui encore dans la République française. Le Grand Conseil quant à lui, confronté avec les problèmes pratiques, avec les nécessités d'ordre économique a toujours ou le sentiment que si l'option était ouverte pour l'indépendance officiellement reconnue aujourd'hui, c'est l'exercice de ce droit qui pose le problème essentiel.
Mais si l'on est aujourd'hui décidé à créer une communauté entre la France et telles collectivités de Madagascar et d'Afrique Noire, comment peut-on ne pas concevoir à l'intérieur d'entités déjà existantes et dont je disais que l'histoire et la géographie leur a posé des impératifs de solidarité, comment ne pas concevoir la nécessité de préserver cette solidarité existant entre les Ebriés de la Lagune et les Maures du Trarza, les Mossis de Volta et les Sérères du Sénégal ?

 

REPONSE Du GENERAL DE GAULLE
Le discours du président du Conseil
Confirmant ses paroles de Brazzaville

"Je vois que Dakar est une ville vivante et vibrante ; je ne me lasserai pas de la
saluer en raison des souvenirs qui m'y attachent, en raison, aussi, des espérances que j'y ai placées.
Je veux dire un mot d'abord aux porteurs de pancartes. Voici ce mot : s'ils veulent
l'indépendance, qu'ils la prennent le 28 septembre. Mais s'ils ne la prennent pas, alors
qu'ils fassent ce que la France leur propose : la communauté franco-africaine.
Qu'ils la fassent en toute indépendance, indépendance de l'Afrique et indépendance de la France. Qu'ils la fassent avec moi, pour le meilleur et pour le pire, qu'ils la fassent dans les conditions que j'ai évoquées d'une manière précise, en particulier l'autre jour à Brazzaville. Conditions dont je n'admets pas qu'on mette en doute la précision ni la sincérité.
Nous sommes à l'époque de l'efficacité, c'est-à-dire à l'époque des ensembles organisés.
Nous ne sommes pas à l'époque des démagogues. Qu'ils s'en aillent les démagogues d'où ils viennent, où on les attend. Nous sommes à l'époque de ceux qui veulent construire pour le bien de la Métropole et pour le bien de tous les hommes. Nous sommes à l'époque où tout nous appelle à travailler de concert, à mettre en commun notre effort, librement, par notre libre détermination. Mais nous ne contraignons personne. Nous demandons qu'on nous dise "oui", ou qu'on nous dise "non". Si on nous dit "non", nous en tirerons les conséquences. Si on nous dit "oui", nous serons des frères pour prendre la route côte à côte, la route des grandes destinées. J'ai dit ce que j'avais à dire. Je l'ai dit à Dakar comme ailleurs. Je salue Dakar et
le Sénégal, depuis trois cents ans liés à la France et réciproquement; je salue l'Afrique, l'Afrique qui est libre, l'Afrique pour la liberté de laquelle l'homme qui vous parle a fait tout ce qu'il a pu et est prêt à continuer de le faire. Mais si la France interroge l'Afrique elle répondra aussi à ce que l'Afrique lui dira, suivant que l'Afrique décidera de s'associer à elle, ou suivant, que, selon une hypothèse que je rejette absolument, elle se refuserait à le faire. Allons ! la route est claire et la lumière est devant nous. A Dakar, je constate avec une certaine satisfaction qu'en tout cas le sujet paraît vous intéresser. On crie : "De Gaulle !", "De Gaulle !". Je constate aussi que, quand il est là et qu'il parle, les choses sont claires et qu'on ne s'ennuie pas. Et, ceci dit, je prends congé de Dakar. J'aurais préféré, bien sûr que ce fut dans un
silence plus complet, mais je n'en veux à personne. Je tiens à répéter à cette Afrique que j'aime l'expression de mon amitié, l'expression de la confiance de la France, et je suis sûr que, malgré les agitations systématiques et les malentendus organisés, la réponse du Sénégal et de l'Afrique à la question que je lui pose, au nom de la France sera:

Oui ! Oui ! Oui !
Vive le Sénégal ! Vive la République ! Vive l'unité franco-africaine ! Vive la France.



LES ABSENTS DE DAKAR

MAMADOU DIA N'A PAS RENONCÉ A SE RENDRE AU RENDEZ-VOUS DONNÉ LE 26 AOUT EN SUISSE PAR UN OPHTALMOLOGUE.

L. SEDAR SENGHOR N'A PAS JUGÉ BON D'INTERROMPRE SES VACANCES DANS LAPROPRIÉTÉ DE SA BELLE- MERE EN NORMANDIE.

 

Aprés le passage du Président du Conseil à Dakar


Une déclaration de MM. SENGHOR et Mamadou DIA,
Députés du Sénégal

MM. Léopold Senghor et Mamadou Dia, députés du Sénégal, ont transmis à l'Agence France Presse la déclaration suivante:
"Une certaine presse nous a accusés de lâcheté pour la raison que nous étions absents de Dakar à l'occasion de la visite du Général de Gaulle Président du Conseil. "Notre première remarque sera que ce n'est pas la première fois que nous sommes absents du Sénégal à l'occasion d'un voyage officiel. Notre deuxième remarque est que la lâcheté n'est pas notre défaut. Nous pouvons même affirmer que ce n'est pas un défaut sénégalais. Les discours de M. Valdiodio N'Diaye, Ministre de l'intérieur du Sénégal et de M. Lamine Guèye, Sénateur maire de Dakar, en sont une preuve éclatante.
"Pour en revenir à nous, nous ne rappelerons que deux faits : lors de la discussion des décrets d'application de la loi-cadre. mus avons été les seuls députés d'Afrique Noire à soutenir jusqu'au bout le rapport de M. Apithy qui préconisait l'autonomie interne complète des territoires d'Outre-Mer. On sait, d'autre part, que les membres sénégalais du Comité Consultatif constitutionnel ont défendu jusqu'au bout les thèses du PRA, non seulement aux groupes de travail de l'Outre-Mer, mais encore en séance plénière. Lois de la séance du vendredi 8 août, M. Senghor n'a pas hésité, après l'audition du Président du conseil, à lui dire qu'il n'était pas d'accord sur l'épithète de"sécession".
"Cela dit, nous regrettons la façon discourtoise dont certains citoyens de Dakar ont reçu le Général de Gaulle.
Nous condamnons d'autant plus ce geste qu'il était contraire aux consignes de discipline, de dignité et de courtoisie qui avaient été données.
Nous réaffirmons notre respect pour l'ancien chef de la France libre qui a incarné l'honneur et la dignité du peuple de France.
Nous ne réaffirmons pas moins notre fidélité au programme de Cotonou. Notre but reste l'indépendance des peuples d'Afrique noire et leur association avec la France dans une union de forme confédérale. Nous prendrons, comme toujours, face au référendum, nos responsabilités, quand sera connu le texte définitif de la Constitution, d'un commun accord avec le PRA.
Quant aux raisons de notre absence, nous les avons données. Elles ne sont pas diplomatiques. Elles sont réelles. Au demeurant, c'est à une réunion, tenue à Paris, de responsables sénégalais, qu'il avait été décidé que le Ministre de l'intérieur représenterait le Président du Conseil du Sénégal et que M. Lamine Guéye représenterait l'ensemble des parlementaires du Sénégal.
"On nous rendra au moins cette justice que notre déclaration n'est pas inspirée par la lâcheté, mais par l'honneur sénégalais."

 



Le référendum du 28 septembre 1958 et l'organisation de la Communauté.

 


L'organisation de la communauté


 

EXTRAITS DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE DE 1958

Titre XII. - De la Communauté

Art. 77. - Dans la communauté instituée par la présente constitution, les Etats jouissent de l'autonomie ; ils s'administrent eux-mêmes et gèrent démocratiquement et librement leurs propres affaires. Il n'existe qu'une citoyenneté de la Communauté.
Tous les citoyens sont égaux en droit, quelle que soit leur origine, leur race et leur religion. Ils ont les mêmes devoirs.

Art. 78. - Le domaine de la compétence de la Communauté comprend la politique étrangère, la défense, la monnaie, la politique économique et financière commune, ainsi que la politique des matières premières stratégiques. Il comprend en outre, sauf accord particulier, le contrôle de la justice, l'enseignement supérieur, l'organisation générale des transports extérieurs et communs et des télécommunications.

Des accords particuliers peuvent créer d'autres compétences communes ou régler tout transfert de compétences de la Communauté à l'un de ses membres.

Art. 79. - Les Etats membres bénéficient des dispositions de l'article 77...

Art. 80. - Le Président de la République préside et représente la Communauté. Celle-ci a pour organe un Conseil exécutif, un Sénat et une Cour Arbitrale.

Art. 81. - Les Etats membres de la Communauté participent à l'élection du Président. Le Président de la République, en sa qualité de Président de la Communauté, est représenté dans chaque Etat de la Communauté.

Art. 86. - La transformation du statut d'un Etat membre de la Communauté peut être demandée, soit par la République, soit par une résolution de l'Assemblée législative de l'Etat intéressé, confirmée par un référendum local dont l'organisation et le contrôle sont assurés par les institutions de la Communauté. Les modalités de cette transformation sont déterminées par un accord approuvé par le Parlement de la République et l'assemblée législative intéressée.

Dans les mêmes conditions, un Etat membre de la Communauté peut devenir indépendant. Il cesse de ce fait d'appartenir à la Communauté.

Art. 87. - Les accords particuliers conclus pour l'application du présent titre sont approuvés par le Parlement de la République et l'assemblée législative intéressée.

 

Le Sénégal se proclame Etat autonome de la communauté à Saint-Louis, le 25 novembre 1958.


Le 28 novembre 1958, la Mauritanie se proclame à Nouatchott Etat autonome membre de la communauté et devient la République islamique de Mauritanie